Ce que j’ai appris à C2 Montréal: 12 pages tirées du cahier de la rédactrice en chef

Par Caroline Lavergne
Ce que j’ai appris à C2 Montréal: 12 pages tirées du cahier de la rédactrice en chef

Qu’avons-nous appris à C2 Montréal 2018? À cette question toute simple, vous risquez de trouver au moins autant de réponses que de participants. Et probablement beaucoup plus que 7 000, si vous la posez à chacun plus d’une fois.

Pour distiller une réponse qui se tienne, il faudrait extraire les apprentissages générés par les douzaines d’activités qui se sont déroulées en simultané au cours des trois jours. Impossible? Pas pour l’équipe des Notes. Les 23, 24 et 25 mai 2018, 12 reporters ont passé le village au peigne fin, à la recherche de tendances, conseils et autres morceaux de robots. Une armée d’éditeurs, de designers et d’illustrateurs passionnés s’affaire déjà – et s’affairera tout l’été – à rassembler ces morceaux pour en faire un tout cohérent: les Notes de C2 2018. (Abonnez-vous à notre infolettre pour les recevoir dans votre boîte courriel au mois de septembre.)

En attendant, voici un premier inventaire de ce que j’ai retenu de ma propre expérience de la 7e édition de C2 Montréal, grâce en grande partie aux esprits téméraires réunis autour de la table éditoriale:

 

  1. «Entourez-vous de gens qui sont meilleurs que vous.» – Snoop 

Snoop Dogg, entrepreneur allumé s’il en est, nous a confié la clé de son succès: son partenariat avec son pote des 20 dernières années, Ted Chung. «Un diplômé de l’école de commerce avec un ex-vendeur de drogue. Ensemble, ça fait de la magie. J’avais beau avoir l’esprit d’un PDG de Fortune 500, je ne savais pas comment passer à l’action.»

Lire: Les conseils de Snoop Dogg et Ted Chung aux entrepreneurs en herbe

 

  1. La matière est maintenant programmable

Imprimer des robots sans moteurs, câbles ni piles, c’est ce que fait Skylar Tibbits. Son équipe de recherche du MIT crée de nouvelles matières ultrarésistantes qui, lorsque soumises à un stimulus précis, s’assemblent elles-mêmes selon un comportement prédéterminé.

 

  1. Cultivez votre tolérance à la confusion (et celle de votre équipe)

Mon coup de coeur: le cours de dessin… euh… la Classe de maître du gourou de l’animation Dave Zaboski. Crayon à la main et les yeux sur les modèles vivants, l’esprit était particulièrement réceptif aux méthodes de création de Disney. Celle-ci en particulier: cultivez la tolérance à la confusion. Une idée qui ne peut toutefois s’avérer fructueuse que dans un contexte où l’on encourage la collaboration, et où chacun s’efforce de nourrir les idées des autres: «Soyez au service de la trajectoire de l’idée, plutôt que d’être l’aigle qui s’envole avec.»

 

Illustration: Caroline Lavergne

  1. Ce sont les fermiers qui racontent les meilleures histoires

«Chaque ballot de foin recèle une riche histoire humaine.» Aux États-Unis, depuis sept générations, filles et fils de fermiers sortent de l’université pour aller travailler chez John Deere, brouillant de plus en plus la distinction entre la marque et le consommateur. Cette connaissance intrinsèque de son public serait-elle à l’origine du succès du magazine The Furrow depuis 123 ans? Le directeur de publications, David Jones, n’en croit rien: «Il n’y a pas de secret. On fait bien les choses et on le fait avec constance.»

 

  1. Arrêtez de parlez de vous

Depuis 1895, les mots «John Deere» se sont retrouvés moins de 20 fois dans les pages de The Furrow. «On ne parle pas de nous-mêmes. On sait trop bien qu’une réputation peut prendre 175 ans à bâtir, mais une fraction de seconde à détruire.»

 

  1. Recadrez votre attitude face à la diversité

De plus en plus d’études associent la diversité au succès en affaires. Pourtant, trop peu sont prêts à investir les efforts nécessaires pour transformer leur culture d’entreprise. Arwa Mahdawi, fondatrice et PDG de Rent-A-Minority, suggère de miser sur l’humour:

Lire: Arwa Mahdawi: 10 façons de soutenir la diversité

 

  1. Gardez le meilleur bureau pour y mettre une table de ping-pong

«Démolissez complètement votre organisation», suggère Sébastien Bazin, PDG du géant hôtelier AccorHotels. Ceux qui dirigent la nouvelle économie n’ont rien à faire des jeux de pouvoir traditionnels. Ils s’attendent plutôt à avoir un impact dès leur arrivée. Assurez-vous de leur en donner l’opportunité.

 

  1. Ça va prendre plus que ça pour me convaincre

Vous cherchez à me faire changer d’idée? Dan Ariely, spécialiste de la rationalité, nous le confirme: «Ce n’est pas en informant les gens que vous arriverez à changer leur comportement.»

 

  1. Si vous voulez faire de la RV, pensez en RV

Dans la foulée de la fusillade qui a fait 49 victimes à la discothèque Pulse d’Orlando en 2016, Jessica Lauretti et son équipe chez RYOT ont produit une vidéo 360° afin de faire prendre conscience aux gens de ce que ce nombre de personnes représentait concrètement. Elle a ainsi démontré que la technologie de vidéo immersive pouvait être un puissant vecteur d’empathie.

 

  1. «Ce n’est pas parce que tu peux créer un outil que tu dois le faire.»

Chelsea Manning, l’une des voix les plus percutantes en matière de cybersécurité, insiste sur l’importance de dénoncer les outils malveillants – comme les drones. En tant que société, nous devrions beaucoup moins dépendre de ces technologies pour résoudre les problèmes du monde entier. «Ce n’est pas une baguette magique.»

Lire: Passez à l’action: Chelsea Manning à C2 Montréal

 

Sylvia Earl

  1. «Chacun de nous a du pouvoir. Les humains ont des superpouvoirs. Et maintenant nos 7 milliards de cerveaux sont connectés.»

J’en conviens, ce n’est peut-être pas la révélation du siècle. Mais quand c’est Sylvia Earle, océanographe légendaire, qui le dit sous le plafond illuminé du Grand chapiteau 360, on le croit. J’espère de tout cœur qu’elle a raison.

 

  1. Notez ces buzzwords et jetez la liste aux poubelles

Innovation, créativité, blockchain, IA, authenticité… Ces mots ont officiellement perdu tout leur sens. Par la présente, je promets de n’utiliser que des termes précis qui permettent de faire avancer les milliers de sujets d’intérêt dissimulés derrière ces expressions galvaudées, et de ne les employer qu’en tout dernier recours. (Rédacteurs des Notes de C2 Montréal 2018, tenez-le-vous pour dit!)

 


Illustrations: Caroline Lavergne