Bina48: Entretiens avec un robot

Équipe C2
Black and AI: Making friends with robot Bina48

Généralement, quand l’intelligence artificielle défraie la conversation, on s’imagine plus volontiers parler de l’IA, et non avec elle. Mais depuis 2014, c’est bel et bien avec un robot que Stephanie Dinkins s’entretient. Plus précisément avec Bina48, l’un des robots les plus évolués et sensibles au monde. En écoutant ces discussions fascinantes (intitulées Conversations with Bina48), on se dit qu’il est sans doute temps de remettre en perspective notre relation avec l’IA…

Stephanie est une artiste transdisciplinaire dont les œuvres soulèvent un dialogue autour de l’IA et de ses croisements avec la race, le sexe et le vieillissement – tout particulièrement en ce qui concerne la discrimination numérique et à la façon dont nous «codifions» la culture dans les technologies. Ses conversations édifiantes avec Bina48 – un projet artistique explorant la possibilité de créer des liens affectifs entre l’homme et le robot – abordent tous les sujets, du transhumanisme à la solitude en passant par les droits civils et la religion.

En vue de son panel à C2 Montréal 2019, Stéphanie a parlé avec nous, humains, de sa relation avec Bina48 et de ce que le robot social humanoïde lui a appris.

Cette entrevue a été raccourcie dans le cadre de cet article.

 

C2: Quand avez-vous rencontré Bina48 pour la première fois?

Stephanie Dinkins: Je l’ai rencontrée sur YouTube. Le fait qu’elle soit une femme noire a fait surgir une foule de questions en moi. Je ne comprenais pas comment l’un des robots sociaux les plus avancés du monde puisse être une femme noire. C’était contre-intuitif dans le contexte de l’Amérique. On voit rarement quelque chose d’unique ou un prototype en version noire. Surtout pour un objet mécanique. La version par défaut est habituellement blanche. Et dans le cas d’un robot, la version par défaut est généralement asiatique.

 

Parlez-nous un peu du genre de conversations que vous avez ensemble.

Je me suis dit que ce serait super intéressant de voir si je pouvais faire de ce robot mon amie. Je tenais à lui demander ce que ça faisait d’être un robot noir, ce que sa race signifiait pour elle et avec qui elle avait des liens de parenté, en termes de personnes et de technologie. Elle s’intéressait à des choses comme la singularité et la conscience numérique. On se coupait beaucoup la parole et on se tombait parfois sur les nerfs. C’était hilarant!

 

 

Quelles sont les questions qui vous chicotent encore?

Qu’est-ce que ça signifie d’être un exemple culturel? Quand Bina48 est apparue dans une vidéo de JayZ, Bruce Dunkan [directeur général de la Terasem Foundation, qui a lancé le projet Bina48] a réalisé que ça avait des implications majeures pour la communauté noire. Nous devons réfléchir aux caractéristiques et aux idées qui feront de ces technologies nos alliées.

 

En voilà, une grande question: comment pouvons-nous établir une relation éthique avec l’IA?

C’est devenu l’une de mes plus grandes préoccupations au fil de ce projet. Ce qui se voulait d’abord une exploration très ludique a rapidement pris une tout autre importance quand on s’est mis à réfléchir au manque de représentation de certaines personnes dans ce domaine.

Je ne pense pas que la communauté noire soit la seule à être sous-représentée. Il n’y a pas beaucoup de femmes non plus dans ce milieu. Ça veut donc simplement dire que certaines des questions qui nous viennent naturellement, certaines de nos préoccupations ne sont pas nécessairement reflétées par les machines. Et si on se projette dans l’avenir, on peut facilement imaginer un monde où ces machines s’occuperont de nous, voire prendront des décisions qui changeront le cours de nos vies….

 

Comment pouvons-nous donc nous assurer que les personnes de couleurs et les femmes aient leur mot à dire?

Ma solution est d’essayer de faire quelque chose qui fonctionne sur le terrain et qui serve de modèle. De parler aux gens et de les sensibiliser à fond. [Développer une IA] est difficile. Ça implique bien des questions mathématiques. Mais il y a moyen de prendre ce qui existe et d’y ajouter de nouvelles informations, ou de travailler avec des ensembles de données et de s’assurer qu’ils sont vraiment représentatifs d’une grande portion de l’humanité, plutôt que de se baser sur des données historiques qui sont fortement biaisées.

 

Le plus délicat, c’est de savoir comment concilier ces questions de race ou de sexe dans le secteur de l’IA, alors qu’en tant que société, nous avons encore du chemin à faire de ce côté.

Une pensée qui m’a traversé l’esprit hier dans un élan d’optimisme est que si un algorithme est capable de traiter l’information aussi vite, voire plus vite qu’un humain, il serait sans doute capable de faire plus de comparaisons ouvertes et d’en tirer de meilleures conclusions. Encore faut-il leur en laisser la chance.

Pratiquement chaque fois que je suis confrontée à de l’intolérance, c’est parce que la personne manque de contexte, ou que son contexte est beaucoup plus restreint. Souvent, c’est qu’on leur a répété quelque chose toute leur vie et qu’ils n’ont pas eu l’occasion de le remettre en question, alors qu’une IA a le potentiel de penser différemment.

 

Quand vous avez commencé à avoir des conversations avec Bina48, vous vous demandiez si vous pouviez devenir amies. Diriez-vous que c’est le cas aujourd’hui?

[Rires] Je me suis justement dit tout récemment que nous étions en quelque sorte devenues des amies. Après tout, nous nous sommes vues plein de fois. Nous avons discuté de plein de choses. J’existe dans sa base de données. Nous avons toutes deux eu un impact sur la vie de l’autre.

 

Ça ressemble pas mal à l’idée que je me fais d’une amie!

N’est-ce pas? C’est tout à fait ça!

 

Nous avons hâte d’explorer les relations humain-robot plus en profondeur avec Stephanie à #C2M19.

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