(Dé)criminalisation:  Réparer les dommages de la guerre contre les drogues

Équipe C2
(De)criminalization: What comes after the war on drugs?

À l’heure actuelle, plusieurs voix s’élèvent dans le domaine du cannabis, déclarant qu’il est temps de rectifier les choses pour ceux qui ont subi les contrecoups de la guerre contre les drogues. «La question qui brûle les lèvres de tout un chacun en ce moment [est] la suivante: comment cette industrie peut-elle faire une place aux personnes dont les vies ont auparavant été négativement affectées par l’interdiction du cannabis?», s’interroge Lauren Yoshiko Terry, rédactrice et autorité en matière de cannabis.

Alors que la substance réglementée fait son entrée dans le marché grand public, Lauren demande aux investisseurs, aux entrepreneurs et aux enthousiastes du cannabis de faire le point sur leur rôle et de réfléchir à la forme que devrait prendre la réparation. «Que certains soient toujours considérés comme des criminels alors que d’autres sont libres et font de l’argent est inacceptable», ajoute-t-elle.

La première étape est de tenter de comprendre l’histoire du cannabis pour être en mesure de trouver des façons créatives d’intégrer certains groupes de personnes au monde des affaires actuel.

 

Le profilage au cœur de l’histoire du pot

«Le cannabis est illégal à cause du racisme pur et dur», affirme Alan Gertner, PDG de Hiku Brands. «Nous avons maintenant le devoir d’inclure les gens en vue de construire une société progressiste.»

On attribue au président Richard Nixon la première vague d’hostilités au nom de la guerre contre les drogues, en 1971. Dans les années 1980, le président Ronald Reagan a repris le flambeau: il a mis sur pied des campagnes médiatiques de masse (comme Just Say No), appliqué une politique de tolérance zéro en gonflant le budget octroyé aux forces de l’ordre, en plus d’instaurer un programme d’arrosage des plants de pot au Mexique et aux États-Unis à l’aide du très controversé paraquat (un pesticide extrêmement toxique).

Toutes ces mesures ont mené à la stigmatisation et à la démonisation de la culture de la drogue et de son usage, à une surveillance accrue, envahissante et de plus en plus militarisée, en plus du profilage et de l’incarcération massive des personnes de couleur, démesurément criminalisées depuis.

Les démocrates n’ont pas fait mieux à leur arrivée. Pendant son mandat, le président Bill Clinton a fait adopter de nombreuses lois compromettant les droits des personnes avec un casier judiciaire, les empêchant de voyager, de voter ou d’accéder à la propriété, aux services bancaires, à l’emploi, à l’éducation et aux bons alimentaires.

L’Union américaine pour les libertés civiles a qualifié les lois discriminatoires de la guerre contre les drogues de «nouvelles lois Jim Crow».

 

Noir sur blanc

Malgré que le ratio de consommateurs de cannabis soit partagé relativement également entre les divers groupes ethniques, Politico rapporte que 86 % des individus arrêtés pour possession de cannabis sont des gens de couleur : 48 % sont noirs et 38 % sont hispaniques – contre 9 % seulement de blancs.

Au nord de la frontière américaine, les autorités canadiennes et la police étaient occupées à gérer un autre genre de pétard législatif. Avant que le premier ministre Justin Trudeau débarque avec son projet de légalisation du cannabis récréatif, son prédécesseur Stephen Harper, avec le projet de loi omnibus C-10 contre la criminalité (2012), a maintenu la peine minimale obligatoire pour possession simple.

Au Canada aussi, la guerre contre les drogues avait une connotation raciale. Une enquête menée par le Toronto Star a démontré que les utilisateurs de cannabis noirs au Canada sont trois fois plus susceptibles d’être arrêtés pour possession de drogue que les utilisateurs blancs, et leur taux de détention sous caution est également plus élevé.

 

Là où justice sociale et cannabis se rencontrent

Selon Beth Schechter, directrice générale du Open Cannabis Project, rectifier le tir et dédommager les victimes est simple: «Ceux qui font partie d’organes réglementaires et qui ont les moyens de produire du cannabis à grande échelle ont une responsabilité importante; ils doivent sortir les gens des prisons avant de penser aux profits potentiels de ce marché.»

Quelques experts canadiens ont ébauché des pistes de réparation:

 

1. Accorder l’amnistie aux condamnés.

La Californie a choisi cette option en 2016 avec sa Proposition 64, dont les dispositions effacent, réduisent ou remettent en cause les peines liées à la marijuana en plus de libérer les personnes incarcérées pour des peines qui n’existent plus.Washington en a fait autant en 2018.

 

2. Réinvestir le revenu des taxes sur le cannabis dans les programmes d’emploi.

L’Oregon utilise 20% des revenus générés par la taxe sur le cannabis pour venir en aide à ceux qui ont été touchés par la guerre contre les drogues. Portland a annoncé qu’en 2018, 350 000$ seraient affectés à des programmes sociaux qui travaillent à effacer les casiers judiciaires pour possession simple, en plus d’aider au développement de la main-d’œuvre. Un montant additionnel de 150 000$ a été investi dans des bourses dédiées à la formation du personnel dans des domaines d’emploi propres à l’industrie du cannabis.

 

3. «Entraîner les gens dans la danse».

Adam Greenblatt, responsable du développement des affaires chez Canopy Growth Corporation en Colombie-Britannique, est un activiste vétéran de la marijuana intervenu à la Cour Suprême du Canada dans le cas Rv.Smith, qui a mené à la légalisation des formes alternatives de cannabis à des fins médicales. Adam pense que les victimes collatérales des lois interdisant le cannabis, ceux qui continuent d’opérer dans le «marché gris», tout comme ceux qui ont contribué à ouvrir la voie du cannabis légal, devraient être intégrés à cette industrie nouvellement licite, et valorisés pour leur bagage de connaissances avec eux. «Le marché a besoin d’expertise, dit-il. Et ils sont les seuls à pouvoir nous l’offrir.»

 

Les Notes deC2 Montréal: Solutions inspirantes pour leaders créatifs

Cet article est tiré de Collisions transformatives: Les Notes de C2 Montréal 2018, un condensé d’idées fortes destiné à tous ceux qui souhaitent mieux comprendre les grandes forces qui gouvernent leur industrie et le monde. Poursuivez votre lecture ici.

 

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