Économie circulaire: l’heure est à la transparence

Équipe C2
Why supply chain transparency can be life-changing

Des méthodes de production durables à la lutte contre l’esclavage moderne, la transparence des chaînes d’approvisionnement est la clé pour aider le monde à tourner plus rond.

C’est ce que prône Kelsey Halling, directrice des ventes chez Thread International, une entreprise qui récupère les bouteilles de plastique vides en Haïti et au Honduras pour les transformer en produits textiles et en emplois, tout en s’assurant que chaque étape du processus soit bien visible. Les tissus écoresponsables de Thread – incluant toile, jersey et denim – sont utilisés par plusieurs grandes marques de mode, dont Timberland, Marmot et Reebok.

Selon Kelsey, les entreprises doivent s’affranchir des modèles linéaires traditionnels (extraire > fabriquer > vendre > jeter), et admettre que les ressources de notre planète ne sont pas infinies.

L’objectif de Thread est de prolonger la durée de vie des matériaux autant que possible, tout en tirant parti de ce qu’elle appelle «une opportunité économique largement sous-estimée».

L’économie circulaire recèle non seulement un grand potentiel pour œuvrer au bien de notre planète; elle pourrait aussi améliorer le sort de millions de travailleurs exploités à travers le monde.

Au final, l’économie circulaire se résume à une chose: rendre les chaînes d’approvisionnement plus transparentes.

 

Ce qu’on ne voit pas peut faire mal

 Annalisa Enrile est aux premières loges des répercussions désastreuses qu’engendrent les entreprises qui gardent leurs chaînes d’approvisionnement à l’abri des regards.

«Quelque part, nous nous sommes convaincus que les gens étaient à vendre, au même titre qu’une autre commodité», affirme Annalisa, professeure agrégée d’enseignement clinique à l’École de travail social Suzanne Dworak-Peck de l’USC et militante contre la traite des personnes et l’exploitation des travailleurs. «Nous avons bâti des économies et des industries tout entières autour de cette idée.»

Le travail forcé est une industrie qui rapporte 150 milliards de dollars par année, explique-t-elle. En 2016, l’Organisation internationale du travail a déclaré que plus de 40 millions de personnes sur la planète étaient victimes de l’esclavage moderne. Le quart d’entre elles étaient des enfants. Human Rights Watch rapporte que l’exploitation est notamment monnaie courante dans l’industrie textile – qui emploie des millions de personnes dans le monde entier et génère 2,4 billions de dollars américains.

«Nous préférons quand les monstres restent dans le placard», dit Annalisa. C’est pourquoi bien des entreprises se cachent derrière des sous-traitants pour éviter de faire face aux violations des droits de l’homme qu’elles perpètrent par la bande.

«Même les trafiquants et leurs clients nous disent que la transparence des chaînes d’approvisionnement est la clé», ajoute Annalisa, citant une étude menée sur plus de 100 hommes qui paient pour des services sexuels. L’étude a révélé que 87% d’entre eux seraient dissuadés de le faire si le public risquait d’être au fait de leurs agissements.

Dans la même veine, les chaînes d’approvisionnement des entreprises qui fabriquent nos vêtements sont souvent longues, opaques et difficiles à retracer, admet Kelsey, «ce qui ouvre la porte à une foule de violations des droits de la personne.» Thread essaie de faire exactement l’inverse en créant des emplois respectables pour ceux qui collectent les matériaux et en offrant un produit transparent, de l’approvisionnement à la production.

 

Magasinez moralement: vers une plus grande transparence

Commencez par jeter un coup d’œil à l’étiquette. Demandez-vous: qui a fabriqué ce vêtement? D’où vient-il?

La transparence à l’épreuve

En 2016, Human Rights Watch s’est associé à des groupes de défense des droits des travailleurs pour lancer un Pacte pour la transparence. En adhérant au Pacte, les entreprises s’engagent à révéler où et par qui leurs produits sont fabriqués. Un an plus tard, près d’une vingtaine d’entreprises s’y sont alignées, dont des géants de l’industrie comme Nike, Adidas, Patagonia et H&M.

Selon Annalisa, «nous pouvons contribuer à régler le problème en utilisant notre pouvoir d’achat à bon escient et en faisant passer notre message au bon endroit.»

Vous pensez que la durabilité n’est pas un sujet très vendeur? C’est peut-être parce que vous n’en parlez pas de la bonne façon. «Trop souvent, explique Kelsey, on met l’accent sur les facteurs environnementaux, plutôt que sur les vies humaines qui sont en jeu,» poursuit-elle. «La justice environnementale passera par la justice sociale.»

 

Les Notes de C2 Montréal: Solutions inspirantes pour leaders créatifs

Cet article est tiré de Collisions transformatives: Les Notes de C2 Montréal 2018, un condensé d’idées fortes destiné à tous ceux qui souhaitent mieux comprendre les grandes forces qui gouvernent leur industrie et le monde. Poursuivez votre lecture ici.

Des questions? Des commentaires? Écrivez-nous à editorial@c2.biz.