Erik Gatenholm nous parle de révolution médicale (et de l’école du rock)

Par Jamie O'Meara, rédacteur principal
Picture of Eric Gatenholm

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’Erik Gatenholm a du pif en affaires… et le cœur sur la main. L’entrepreneur en biotechnologie de 28 ans – qui sera conférencier à C2 Montréal 2018, est le cofondateur et le PDG de CELLINK. Basée à Göteborg, en Suède, il s’agit de la toute première entreprise d’encre biologique au monde. En fait, Erik et CELLINK sont les précurseurs d’une pratique médicale innovatrice qui est sur le point de transformer le secteur des soins de santé: la bio-impression de tissus et d’organes humains.

Cofondée il y a deux ans avec l’ingénieur tissulaire et DTI Hector Martinez, l’entreprise pionnière a conçu plusieurs variétés d’encres biologiques. Celles-ci imitent l’environnement naturel dans lequel les cellules se développent, et peuvent être mélangées à des cellules vivantes pour créer des tissus humains fonctionnels à l’aide d’une imprimante 3D.

CELLINK se concentre actuellement sur le développement d’encres biologiques spécifiques à différents types de tissus, ainsi que sur l’impression de tissus et d’organes humains pouvant être utilisés pour tester des médicaments pharmaceutiques et des produits cosmétiques. Besoin d’un foie pour procéder à des analyses toxicologiques? Pas de souci: CELLINK peut vous en imprimer un (ou plusieurs).

Erik a pris un moment pour discuter avec C2 de cette technologie révolutionnaire et de la façon dont il compose avec la croissance exponentielle de CELLINK: deux ans à peine après son lancement, l’entreprise a maintenant des bureaux aux États-Unis et au Japon – et tout porte à croire qu’elle est partie pour la gloire.

Ce que vous faites est franchement hallucinant. À quel point êtes-vous près de créer des tissus humains viables et utilisables? Y a-t-il quelqu’un, quelque part, qui se promène avec une des oreilles que vous avez imprimées?

[Rires] Non, pas encore. Si je me projette dans l’avenir, je dirais que d’ici 10 ou 15 ans, on devrait être en mesure d’imprimer du tissu auditif fonctionnel en vue d’être greffé. Nos tissus sont toutefois déjà utilisés à des fins de recherche. Par exemple, si quelqu’un cherchait à mettre au point un nouveau traitement pour un patient atteint d’une tumeur, nous pourrions imprimer cette tumeur plusieurs fois à l’aide de nos bio-imprimantes et effectuer des tests sur ces répliques afin de voir quels médicaments fonctionnent le mieux sur ce patient.

Vous arrive-t-il de vous arrêter et de réfléchir au fait que vous êtes sur le point de contribuer à une révolution médicale d’une ampleur inégalée depuis – probablement – la première transplantation d’organe?

On n’a pas tellement le temps de penser, pour être honnête. [Rires] Éventuellement, on compte bien prendre un peu de recul et faire le bilan de nos réalisations, mais pour le moment, on essaie surtout de progresser aussi vite que possible pour pouvoir venir en aide à nos clients.

L’équipe de CELLINK est passée de 2 à 30 personnes en moins d’un an. Comment parvenez-vous à gérer cette croissance fulgurante sans perdre de vue votre objectif premier?

Très bonne question. Évidemment, il y a toujours beaucoup de feux à éteindre, et il faut s’en occuper. Mais en se fixant deux ou trois objectifs par jour, ça devient plus facile de les atteindre.

Les trois choses sur lesquelles Erik se concentre chaque jour:

1. La satisfaction des clients. «Mes journées tournent beaucoup autour du fait de m’assurer que je n’ai que des interactions positives avec mes clients. Je veux être certain que nous leur offrons de bons systèmes, qu’ils sont satisfaits du produit et que nous développons des systèmes qui répondront aux attentes de nos futurs clients.»

2. Les ventes. «C’est essentiel. Je dois toujours garder cet aspect en tête. Vous devez promouvoir votre produit, sinon personne ne l’achètera.»

3. L’équipe. «C’est sans doute la chose la plus importante: entretenir de bonnes relations avec l’équipe, motiver les troupes et les pousser à toujours aller plus loin.»

«Si on se limite à ces trois choses, ajoute Erik, le reste ira de soi.»

CELLINK a été coté sur le marché First North du NASDAQ dans les 10 mois qui ont suivi son lancement. Selon vous, qu’est-ce qui a permis de captiver l’imagination de tant d’investisseurs?

Trois mois après notre lancement, nous étions déjà rentables – du jamais vu dans l’industrie biotechnologique. Nous avons donc considérablement réduit le risque financier pour les investisseurs qui nous ont appuyés, puisque notre entreprise générait déjà des revenus et du profit. Nous avions des fondations solides, des brevets en instance, des produits, bref, nous avions déjà le vent en poupe. Il aurait peut-être fallu deux ou trois ans à une autre entreprise pour accomplir ce que nous avons réussi à faire en 10 mois.

À long terme, quel est, selon vous, le plus grand défi auquel devra faire face votre industrie?

Les défis qui nous attendent seront très certainement de nature réglementaire. Comment la FDA et tous les organismes de réglementation se positionneront-ils par rapport à cette technologie? Comment réagiront-ils à l’arrivée des tissus bio-imprimés et comment s’en serviront-ils pour procéder à leurs évaluations? Nous devons nous assurer de pouvoir profiter des bénéfices de cette technologie en toute sécurité. Ces questions n’ont pas encore été clairement élucidées, et il est grand temps de le faire.

Jusqu’ici, avez-vous déjà frappé un mur dans votre carrière?

Je passe ma vie à frapper des murs. [Rires] Je me suis endurci avec le temps. On se heurte souvent à des murs, mais ça fait partie du jeu. J’en parlais justement un peu plus tôt dans la voiture avec Hector, l’autre cofondateur, et on se disait qu’on avait vraiment le dos large. Je crois que c’est important. Arrive un certain stade dans votre vie où vous devez être prêt à encaisser les chocs, puis à vous remettre au travail pour solidifier vos fondations.

Parlant d’étapes de la vie, vous êtes encore très jeune, mais vous consacrez sans doute la majeure partie de votre temps à votre travail. Avez-vous parfois la chance de mener une existence normale pour quelqu’un de votre âge?

Oh, je vous rassure tout de suite. [Rires] J’ai fait un tas de trucs tout à fait dignes de quelqu’un dans la vingtaine.

La scène musicale suédoise a toujours été très effervescente. Vous avez joué dans des groupes quand vous étiez plus jeune. Ça vous arrive encore de monter sur scène?

Hélas, non. C’était le bon vieux temps. On a vraiment pris notre pied, et je crois que j’ai beaucoup appris en jouant dans des groupes et en gérant ce genre de projet. Essentiellement, ça revient au même: vous devez décrocher des contrats, bien performer et vendre beaucoup d’albums. Même si je ne vends pas tellement d’albums ces jours-ci, ça m’a appris ce qu’il fallait faire – ou ne pas faire!

 

Erik Gatenholm donnera une conférence dans le Grand Chapiteau 360 à C2 Montréal 2018 (Pilier: Sciences et technologies).

Pour voir la liste de nos conférenciers annoncés (du moins jusqu’ici), c’est par ici.