Intuition et prise de risques: les secrets d’affaires d’une légende créative de Pixar

Équipe éditoriale C2

Ce n’est pas sans raison que beaucoup considèrent le livre Creativity Inc. d’Ed Catmull, cofondateur de Pixar, comme « la bible de la créativité ». Voilà ce qui était au centre de sa captivante conversation avec Julia Cyboran, vice-présidente, Marketing et audience de C2 International, à C2 Montréal 2021, qui se tenait du 19 au 21 octobre. Les participants qui ont assisté à C2 ont eu un aperçu révélateur du processus de pensée de l’informaticien et maître conteur primé aux Oscars, en plus d’en apprendre davantage sur les hauts et les bas d’une vie de créativité.

 

L’authenticité est une affaire d’intuition

Le public reconnaît intuitivement l’authenticité dans la narration. C’est en quelque sorte ce que le juge de la Cour suprême américaine Potter Stewart disait de la pornographie en 1964 : « Je sais la reconnaître quand je la vois ». Question d’illustrer l’importance de l’authenticité, Ed a pris l’exemple de Ratatouille, le film à succès de Pixar, pour lequel les réalisateurs se sont rendus dans les coulisses de restaurants français trois étoiles Michelin à Paris dans le cadre de leurs recherches.

« Ce n’est pas inhabituel d’aller au restaurant et de se faire servir, de regarder des émissions culinaires ou de cuisiner soi-même », explique Ed. « En revanche, pratiquement personne n’a jamais pénétré dans la cuisine d’un restaurant trois étoiles. C’est à se demander à quoi ressemble l’ambiance. Les réalisateurs se sont donc rendus sur place pour découvrir les modes de pensée et les façons de travailler. »

« Ce qui est intéressant dans cet exemple particulier, c’est qu’aucun d’entre nous ne peut vraiment confirmer la véracité de ce que le film présente. Comment on saurait si on n’a jamais mis les pieds dans la cuisine d’un restaurant? Pourtant, nous avons le sentiment que le film est fidèle à la réalité. L’authenticité, c’est raconter quelque chose qu’on ne connaît pas et que les autres ne connaissent pas, mais qui apparaît comme implicite, dissimulé sous la surface. Elle s’impose avec évidence. »

« L’authenticité, c’est s’éloigner des idées préconçues. L’objectif n’est pas de reproduire ce que l’on connaît. Il est bien d’invoquer son expérience personnelle, mais il ne faut pas tomber dans les idées préconçues. Sinon, ce n’est pas créatif. Même si vous pensez l’être. »

 

Écrire une histoire originale est difficile, et c’est normal

« En principe, nos films ne susciteraient pas l’intérêt du comité de lecture au début », dit Ed.
« Pour convaincre, l’histoire doit être nulle. »

Il ajoute : « Nous tentons de prioriser la banalité pour le tiers de nos films. » Il donne l’exemple du film Là-haut, lauréat d’un Oscar, dans lequel un veuf octogénaire attache des milliers de ballons gonflés à sa maison pour s’envoler loin de ses problèmes. Il est accompagné d’un passager clandestin et d’un chien qui parle, alors qu’un explorateur déchu les poursuit.

« C’est ce qu’on a fait », raconte Ed. « Nous nous sommes attaqués à une histoire anodine qui n’aurait normalement pas dépassé le stade de l’idée. » Ce projet a envoyé un message clair à tous les employés : « Une certaine part de notre travail doit être difficilement original. Même si nous menons des projets plus commerciaux, les gens peuvent se réjouir de savoir que leur entreprise, leur organisation, est prête à entreprendre des projets risqués et difficiles. C’est une belle source de fierté. »

 

La difficulté de prendre des risques et les différentes facettes de l’échec

Nombreux sont les chefs d’entreprise qui évitent de prendre des risques, principalement en raison de la peur de l’échec. Alors, comment amener les chefs d’entreprise à permettre à leurs équipes de prendre des décisions comportant un risque? Ed affirme que les gens ont de la difficulté à comprendre cette idée, « en partie parce que l’échec recouvre deux sens ».

« D’une part, elle est synonyme d’erreur, d’incompétence ou de conséquences négatives », dit-il. « C’est partout : les ponts cèdent, les entreprises échouent, les relations échouent. En politique, les faillites d’entreprises sont utilisées pour se critiquer mutuellement. Le risque d’échec est réel et palpable. »

D’autre part, l’échec est une occasion d’apprentissage. « Avec le recul, on dira : “Oui, j’ai fait une erreur, j’en ai tiré des leçons, je suis une meilleure personne maintenant.” Il existe donc deux visions contrastées de l’échec, et elles coexistent difficilement dans l’esprit des gens puisqu’elles se font obstacle. »

Selon Ed, ce phénomène s’explique en partie par le fait que « l’échec est asymétrique par rapport au temps. Ce que j’entends, c’est qu’une expérience se révèle enrichissante seulement après coup. Entre-temps, le risque d’échec est toujours là. Le subconscient influence notre tolérance au risque, ce qui fait que [prendre un risque] n’est pas facile à faire. Nous devons travailler à lui faire comprendre qu’il n’y a aucune menace. »

 

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Si vous avez participé à C2 Montréal 2021, vous pouvez regarder la conversation d’Ed Catmull en entier, ainsi que toutes les autres conférences dans la section À la demande de la plateforme C2Agora jusqu’au 25 novembre.

 

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