Jouer à innover avec John Cohn de IBM

Présenté par IBM
Photo John Cohn IBM

L’ingénieur John Cohn s’amuse à transformer notre relation aux disciplines STIAM en…. mettant le feu.

Reconnu comme l’un des plus grands virtuoses techniques au Vermont, l’agitateur émérite du MIT-IBM Watson AI Lab est un vrai savant fou qui a fait le tour du monde pour vanter les mérites du jeu, rédigé plus de 30 documents techniques, déposé plus de 120 brevets et travaillé pour IBM pendant 38 ans à travers 80 pays.

John est notamment célèbre pour avoir conçu des microprocesseurs utilisés un peu partout – comme dans des superordinateurs ou dans les consoles de jeu Xbox 360, PlayStation 3 et Wii – et pour avoir vécu dans une aciérie abandonnée pour la téléréalité de survie The Colony, diffusée sur Discovery Channel.

Membre d’IBM et de l’Institute of Electrical and Electronics Engineers, il a grandi entouré de fanatiques de l’espace à Houston, au Texas. C’est de là que lui est venue sa vocation. «Toujours en mode agitateur», il aime «brasser» les gens, porté par sa passion pour la fabrication d’objets et son enthousiasme pour les nouvelles idées. Nous avons passé un coup de fil à John pour en savoir plus sur ce qui l’anime…

Q: Ça va de soi: commençons par une question «ludique». Très commune à C2, cette approche est aussi l’un des piliers de votre pratique, et un outil que vous utilisez pour éveiller l’intérêt des jeunes et moins jeunes pour les STIAM (sciences, technologie, ingénierie, arts et mathématiques). Alors, quel est votre rapport au jeu?

R: J’apprends par la pratique. J’ai découvert que c’est en expérimentant que je comprends les concepts, c’est pourquoi je me suis toujours tenu à jour du point de vue technique. J’ai aussi constaté, en vieillissant, que les responsabilités s’accumulent et finissent par peser de plus en plus lourd, qu’il s’agisse des exigences du travail ou de la famille. J’ai non seulement vu mes pairs, mais je me suis vu moi-même commencer à perdre cette passion, ce côté «nerd». J’ai réalisé que je me dirigeais lentement vers une vie de bureaucrate et que je n’aimais pas mon travail. J’ai vu tant de gens perdre la flamme avec le temps parce que la vie a eu raison de leur passion. La seule façon de rester actif, stimulé et actuel est d’expérimenter avec les nouvelles technologies… vous devez littéralement jouer avec elles.

Alors voici ce que je fais: je me déjoue moi-même et je déjoue le système. Je trouve du temps là où il n’y en a pas. La plupart d’entre nous sommes désormais connectés à nos téléphones, à Slack et à nos courriels 150% du temps, et il ne nous reste pas une seule minute pour jouer. J’ai donc pris l’habitude de perdre mon temps. J’ai de la chance parce que je suis un terrible procrastinateur – c’est l’une de mes plus grandes forces. J’essaie de trouver des façons d’avoir le temps chaque jour de ne pas faire ce que je devrais être en train de faire. Tout se résume à une simple équation mathématique: si 150% de votre temps est déjà pris, le concept de temps libre n’existe pas. Alors je me mens à moi-même, à mon patron et à mes pairs, et je prétends que je fais quelque chose de productif. En fait, c’est productif de se réserver un peu de temps libre pour expérimenter, se mettre dans un esprit d’apprentissage, faire des erreurs et essayer des trucs. C’est payant de trouver le temps de le faire parce que vous en tirez de nouvelles idées, vous en sortez revigoré et le travail que vous tentiez d’esquiver en bénéficiera, même si vous en avez retranché quelques heures. C’est ce que j’essaie de faire avec au moins 15% de mon temps.

 

 

Q: Avec quoi vous amusez-vous en ce moment?

R: Je collabore à la création d’un superordinateur d’IA pour les étudiants et les chercheurs du MIT. Je travaille aussi avec un groupe d’étudiants sur un autre jeu d’IA visuel dans l’esprit de l’application Veremin, que mon ami Va et moi avons créée l’année dernière. À la maison, je viens de construire un nouveau lance-flammes commandé par microprocesseur pour certains festivals du feu auxquels je participe, et j’essaie de retaper le EEL, un clavier de 30 pieds que j’ai construit, pour le faire entrer dans la maison d’un ami [vous pouvez voir d’autres projets du genre ici]. J’adore fabriquer des trucs. J’ai un atelier qui déborde de projets plus ou moins achevés. C’est mon refuge. J’en suis aussi venu à beaucoup aimer aider les autres et leur transmettre ce sentiment: «Je peux faire ceci, je peux fabriquer cela.» Je suis très impliqué dans le mouvement maker et j’ai contribué à rallier une grande communauté dans le Vermont. Je passe beaucoup de temps à faire ça, et rien d’autre. C’est un endroit idéal pour avoir la paix.

Q: Comment les organisations et les entreprises peuvent-elles nous redonner envie de jouer?

R: Prenez le temps de jouer de façon non structurée. Permettez à vos employés d’expérimenter, de créer, d’explorer et même de faire des erreurs, sans essayer de mesurer les résultats à tout prix. Si vous êtes en position d’autorité, vous êtes mesuré sur la base de votre chaîne de gestion. Or, vous devez aussi vous assurer de ne pas trop presser le citron: il a été démontré que ça pouvait nuire à la créativité. Aucune machine n’est conçue pour toujours fonctionner à 100%.

Si vous êtes un patron, vous devez appliquer le même principe de mauvaise conduite sélective pour aider votre équipe de gestionnaires à comprendre l’importance de réserver du temps au jeu. D’après mon expérience, lorsque vous leur demanderez de trouver ce temps, vous entendrez toutes les raisons pour lesquelles c’est impossible, ou bien des trucs comme: «OK, vous pouvez y consacrer très exactement 15% de votre temps.» Malheureusement, si vous annoncez à tous vos départements: «Nous allons embaucher un directeur du jeu et des lieutenants du jeu», ça ne marchera pas. Ce qu’il faut faire, c’est entretenir ce genre de culture et encourager les gens qui ont une prédisposition naturelle au jeu… Vous n’y arriverez pas en disant: «Je veux qu’on joue 17% plus souvent et je vais le mesurer sur un tableau de bord.» Même si c’est ce qu’on aime faire, il faut se détendre et lâcher du lest. C’est un processus continu…

Je pense aussi que nous devons apprendre à faire confiance à nos employés et les féliciter quand ils trouvent le temps de jouer. Ou, à défaut de vous concentrer uniquement sur le jeu, permettez-leur d’oublier tout ce qui est axé sur les objectifs. C’est une espèce de truc taoïste: parfois, il faut faire une pause pour se vider l’esprit et laisser l’inspiration venir à nous. Plus vous pensez en termes de métriques, moins c’est possible. Oui, nous vivons dans une culture où le coût des choses est calculé, mais si vous voulez mesurer combien coûte le temps d’un département, vous passez à côté de la question. Adoptez une perspective à plus long terme.

Plusieurs des innovations dont je suis le plus fier sont nées pendant que je faisais autre chose que ce que j’étais censé faire. Bien des grandes innovations et des idées de génie viennent de gens qui jouent pendant leurs temps libres. Ma plus importante invention est le fruit d’une erreur. Je faisais le fou et, grâce à cela, j’ai réussi à obtenir environ 250 millions de dollars. Donc, si vous êtes un patron, vous devez avoir une mauvaise conduite sélective à l’égard de votre équipe de direction et, plus important encore, fermer les yeux quand vos employés travaillent sur d’autres projets. Ensuite, célébrez les résultats quand quelqu’un arrive de nulle part avec une idée novatrice. Partagez les histoires d’employés qui ont pris une idée de leur cru et l’ont amenée plus loin. Célébrez aussi les précieuses leçons tirées des idées qui n’ont pas fonctionné…

Vous pouvez aussi instaurer des programmes de mentorat, par exemple. Faire travailler quelqu’un de plus âgé avec des personnes plus jeunes est bénéfique dans les deux sens. Les esprits plus jeunes donnent de l’énergie aux travailleurs plus âgés. L’idée est de créer un environnement où l’on célèbre cet échange.

Q: Parlant des jeunes, quel conseil leur donneriez-vous? Et comment la société devrait-elle aborder l’enseignement des STIAM dans le contexte de la quatrième révolution industrielle?

R: Jouez plus souvent. Faites plus de conneries. Ne croyez pas qu’il faut travailler plus fort que les autres pour être au-devant de la meute. Ce message est à la fois erroné et addictif. Je pense que nous devrions davantage laisser les jeunes trouver ce qui les intéresse et développer les compétences qui nourriront leurs intérêts, et nous préoccuper beaucoup moins que tout le monde réponde aux mêmes standards dans tous les domaines. Je ne suis pas contre l’établissement de standards en soi, mais le fait de leur accorder autant d’importance ne génère que de l’ennui et de l’homogénéité. Nous devons collaborer au lieu de prémâcher le travail. C’est tellement plus fluide, naturel et organique.

Q: Vous avez dit un jour en entrevue que vous aviez dû «devenir un homme d’affaires» au cours de votre carrière. Qu’avez-vous appris en abordant les défis de cette façon?

R: Au fil de ma carrière, j’ai découvert que plus je travaillais avec les autres, plus je pouvais accomplir de choses… C’en est venu à vouloir dire passer plus de temps à m’adapter à d’autres styles de travail, besoins professionnels, personnalités, etc. Ça veut aussi dire plus de planification et de budgétisation, ce qui ne me plaît pas du tout. Mais la nette augmentation de ce que je peux accomplir en vaut la peine. Je dirais donc que j’ai appris à accepter mon homme d’affaires intérieur.

J’ai aussi appris qu’inventer des choses est un sport d’équipe! Il m’a fallu un certain temps pour le comprendre. C’est souvent en travaillant avec quelqu’un qui a des compétences complémentaires aux miennes que j’ai les meilleures idées. Par exemple, je ne me soucie pas beaucoup des profits, mais mon entreprise, oui. Alors je m’associe à des gens d’affaires pour inventer des choses qui ont du sens sur le plan entrepreneurial. Je ne suis pas vraiment un artiste, mais j’apprécie le bon design, alors je fais souvent équipe avec des artistes et des designers pour l’aspect esthétique. Pour innover en affaires, il faut inventer. Je pense aussi que les gens aiment intrinsèquement ce qui est amusant et nouveau, donc le jeu fait partie du design organisationnel.

Q: Enfin, comment démystifiez-vous le fait de devenir inventeur…

R: Je crois que nous sommes tous des inventeurs dans l’âme. J’aime aider les gens à provoquer l’étincelle qui leur permettra de réaliser qu’ils sont eux aussi des inventeurs. Pour ce qui est de la différence entre un ingénieur et un inventeur, je dirais qu’un ingénieur n’est qu’un inventeur qui a un emploi.

Cette entrevue a été éditée et condensée.

 

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