Deux titans de la finance pavent la voie du «bon» capitalisme

Équipe C2
Capitalism for good? Two titans of finance reveal the road ahead

Illustration: Daphnee Côté-Hallé
 

Lady Lynn Forester de Rothschild, Speaker at C2 Montréal 2019

Lady Lynn Forester de Rothschild

Fondatrice et PDG, Coalition for Inclusive Capitalism

@inclusivecap

 

«Le capitalisme de connivence; protéger le capitalisme au détriment des travailleurs; tuer notre planète, c’est mal. Nous devons comprendre que Dieu n’a pas créé les entreprises ou les marchés financiers – ce sont deux fonctions de la société, et c’est la société qui leur permet d’exister.»

 

 

Michael Sabia, Speaker at C2 Montréal 2019

Michael Sabia

President and CEO, Caisse de Dépôt et Placement du Québec (CDPQ)

 

«Le partage des ressources peut vous permettre de façonner et d’élargir les opportunités qui s’offrent à vous.»

 

Parole de Rothschild: il y a un décalage fondamental entre la financialisation de notre économie et les besoins de la société.

Lady Lynn Forester de Rothschild, fondatrice de l’organisation caritative Coalition for Inclusive Capitalism (CIC), croit qu’il est temps d’opérer un changement tout aussi fondamental. Dans sa quête de personnes qui souhaitent «changer activement le système», la CIC tente de créer un cercle vertueux où les investisseurs soutiennent les entreprises qui se comportent de façon responsable.

L’«idée insidieuse de Milton Freedman» – voulant que la raison d’être de toute entreprise soit de créer de la richesse pour ses actionnaires – est inculquée aux PDG et aux investisseurs depuis la fin des années 1970.

«Jack Welch, de General Motors, en parle maintenant comme de l’idée la plus stupide au monde, et il a raison», affirme-t-elle. «Colin Mayer, professeur à Oxford, a bien formulé le concept de remplacement de cette idée: la raison d’être d’une entreprise devrait consister à résoudre de façon rentable les problèmes humains et environnementaux.»

 

Les nouveaux jalons du succès

Nous savons comment mesurer les gains, mais pas comment mesurer le talent, la diversité, la raison d’être, la culture, la satisfaction des employés ou la gestion environnementale responsable, et c’est là que la CIC entre en jeu.

«Nous n’avons plus à choisir entre faire de l’argent ou faire ce qui est bon pour les gens, la planète et les communautés», affirme-t-elle. «C’est une fausse dualité… Et il n’y a pas un seul PDG au monde qui ne comprenne pas que sa valeur à long terme dépend des gens et de leur loyauté envers leur entreprise, de la confiance de leurs clients et de leurs règles en matière de gouvernance.»

Son objectif est d’établir une nouvelle norme mondiale, qui consistera non seulement à dénicher les bonnes entreprises, explique-t-elle, mais aussi à transformer l’ensemble du marché financier.

 

Investissement nouveau genre

Michael Sabia, PDG de la Caisse de dépôt et placement du Québec, sait à quel point une telle transition peut être difficile à réaliser. «On ne fera pas changer les choses en claquant des doigts», dit-il. «Ça implique une transformation culturelle plus profonde.»

Les investisseurs ont un rôle à jouer à cet égard. «Nous devons repenser notre façon d’investir parce qu’au final, la viabilité de nos rendements sera à l’image de celle des sociétés dans lesquelles nous investissons à long terme.»

L’écart entre la rémunération d’un PDG et celle d’un travailleur moyen, ajoute-t-il, est une manifestation de la culture, «et c’est à la culture même que nous devons nous attaquer».

Mais les investisseurs et les PDG sont-ils prêts à joindre le geste à la parole?

«C’est une longue route, mais aussi longue soit-elle, il faut commencer par faire un premier pas», dit Lady Lynn. «Le principe de l’éthique est d’agir en tant qu’entreprises au lieu d’attendre que le gouvernement ne le fasse… Les choses iront beaucoup plus rondement si les gouvernements et les individus qui veulent rendre le monde meilleur se rallient et prennent des décisions ensemble.»

Ce sera un cheminement, ajoute-t-elle, pas une solution miracle.

«Ce que j’espère, avec le mouvement vers un capitalisme inclusif, c’est que le grand public comprendra que les entreprises et les investisseurs sont vraiment déterminés à faire partie de la solution, et non du problème.

 

Le capitalisme en chiffres

  • 60% des Américains ne croient pas que le système joue en leur faveur
  • Aux États-Unis, 1% de la population la plus privilégiée contrôle 42% de la richesse du pays, tandis que les 80% des échelons inférieurs n’en contrôlent que 4,7 %.
  • En 1979, un travailleur ayant une famille de quatre personnes avait un revenu 200% supérieur au seuil de pauvreté. En 2007, cet écart était de 50%
  • Quand Lady Lynn était jeune, un PDG gagnait environ 45 fois plus qu’un travailleur moyen. Aujourd’hui, le salaire des PDG est 327 fois plus élevé. «Ce n’est probablement pas une situation durable.»

 

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