L’apport positif de l’IA avec Aleksandra Mojsilović de IBM

Présenté par IBM
Photo IMB Aleksandra Mojsilovic

Aleksandra (Saška) Mojsilović croit qu’on peut mettre l’IA au service du bien dans le monde.

Associée IBM, directrice de l’organisme AI Foundations à IBM Research et codirectrice du programme Science for Social Good de IBM, Saška Mojsilović en sait long sur la mise en œuvre de l’IA pour solutionner des problèmes de nature humanitaire. Nous avons échangé avec elle à propos d’apprentissage automatique, de la COVID-19 et de collaboration…

Q: L’IA a énormément de potentiel pour aider à comprendre et résoudre des défis du monde moderne. Pouvez-vous nous parler d’exemples concrets qui vous inspirent dans votre travail?

A: Le mandat de notre programme est de travailler avec des organisations qui luttent quotidiennement contre la pauvreté, la famine et l’injustice, pour établir comment l’IA et les données technologiques peuvent faire une différence. Ces équipes m’inspirent à explorer toutes les possibilités.

Un des projets sur lesquels nous travaillons présentement nous amène à déterminer comment l’IA peut contribuer à enrayer l’un des plus graves problèmes de santé aux États-Unis, soit la crise des opioïdes. La dépendance aux opioïdes commence habituellement de façon bénigne; [les patients] ont un accident ou subissent une chirurgie et se voient prescrire des pilules. Sans encadrement, ils en prennent parfois plus qu’ils ne le devraient et développent une dépendance. Nous étudions donc des données de soins de santé et de prescriptions et nous utilisons l’apprentissage automatique pour faire émerger des récits de dépendance et comprendre les risques liés aux divers comportements de prescription ainsi que les types de population qui sont plus à risque. Ces données et ces connaissances nous permettent de rédiger de nouvelles directives de prescriptions des médicaments, des politiques de soins de la santé et d’identifier les patients vulnérables.

Un autre exemple est notre travail en collaboration avec CityLink Center à Cincinnati, en Ohio, une organisation de services sociaux pour individus à faible revenu. Ils préconisent une approche holistique, donc nous appliquons l’apprentissage automatique sur les situations d’intervention couronnées de succès. En analysant les données de leurs interventions, accumulées sur plusieurs années, nous pouvons cerner quels services ou combinaisons de services sont les plus susceptibles d’aider les individus et leur permettre de suivre les programmes offerts.

 

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Q: C’est incroyable. Quelles applications d’IA avez-vous vu dans la lutte contre la COVID-19?

A: Il est bien connu que les modèles d’IA peuvent générer des résultats comme des images, de la musique ou des fausses nouvelles. Or il est également possible de former l’IA à créer des contenus beaucoup plus utiles. En ce moment, nous nous penchons sur les molécules et les composés… Pouvons-nous former l’IA à créer des antibiotiques ou générer des modèles pour créer de nouveaux médicaments? Lorsque la COVID-19 a fait son apparition, nous nous sommes demandé: pouvons-nous utiliser l’IA pour comprendre et analyser la COVID-19 et créer des molécules qui pourraient servir de cobaye pour un nouveau remède

Nous avons utilisé l’IA pour créer de nouvelles molécules tests pour un remède contre la COVID-19, ce qui pourrait accélérer significativement le processus [de création d’un vaccin] étant donné que les méthodes d’élaboration et de mise en marché de nouveaux médicaments sont longues et onéreuses. Si nous arrivions à créer des molécules tests fiables, avec un taux de réussite élevé aux essais cliniques, nous pourrions réduire drastiquement la durée de temps requise pour offrir de nouveaux médicaments… Nous avons récemment développé 3000 toutes nouvelles molécules et les avons présentées dans un outil de visualisation pour permettre aux chercheurs de les toucher, de comprendre leurs propriétés et d’établir lesquelles sont les plus susceptibles de répondre aux besoins des essais cliniques.

 

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Q: Quelles sont les applications futures de l’IA en matière de santé mondiale?

A: Nous nous penchons depuis quelques temps déjà sur la lutte et la gestion des pandémies et même si nous n’avons pas pu prévoir l’arrivée de la COVID-19, nous avions déjà mis sur pied de nombreux projets d’IA visant à accélérer ou même prédire le lieu et la date d’éruption d’une nouvelle maladie avant même qu’elle ne survienne. Ces projets ont également pour but d’établir comment nous pouvons mieux combattre les pandémies et accélérer la création de remèdes efficaces. Nous étudions également le repositionnement thérapeutique. Il existe de nombreux médicaments génériques qu’il est possible de repositionner, c’est-à-dire d’utiliser pour combattre d’autres maladies que celles pour lesquels ils ont été créés, donc nous nous demandons s’il est possible d’enseigner à l’IA à lire des articles scientifiques et trouver des médicaments qui ont le potentiel de servir à d’autres usages.

Un autre projet que je trouve génial travaille sur le fait que la COVID-19, comme de nombreuses autres nouvelles maladies, vient des animaux et a été transmise aux humains. Nous avons un projet, mis sur pied lors de la crise du virus Zika, qui tente de comprendre le mécanisme de transmission… Nous cherchons, une fois de plus, à former l’IA à tout savoir sur les virus connus du monde animal afin de prédire quels autres animaux sont potentiellement des porteurs ou ont le potentiel de créer des maladies… Idéalement, nous voulons utiliser l’IA pour combattre les épidémies avant même qu’elles ne surviennent. C’est sur ce genre d’applications que l’IA peut être vraiment utile, bien plus que sur la création de fausses nouvelles.

Q: Ces projets semblent impliquer énormément de collaboration avec diverses industries. Qu’avez-vous appris sur la mise en place de ce climat d’échange et de collaboration?

A: [La collaboration est] sans contredit la meilleure façon d’apprendre, surtout lorsqu’il est question de connaissances ou situations complexes. Avec nos partenaires ONG, nous réalisons à quel point ils connaissent bien leurs domaines, souvent inconnus de nous, alors que nous savons ce que la technologie peut faire et qu’ils ignorent. Par conséquent, lorsque nous travaillons ensemble, nous sommes à l’écoute les uns des autres, nous acquérons tous de nouvelles connaissances et nous pouvons donc élaborer des solutions qui autrement n’auraient pas vu le jour.

C’est souvent la convergence de divers points de vue qui fait émerger les meilleures innovations. Lorsque je fais état du travail accompli dans notre programme, je sais que l’innovation vient du fait que nous avons écouté et exploré les besoins de nos partenaires ONG, et non pas parce que nous sommes de grands chercheurs. Il est clair que nous ne pouvons pas formuler de recommandations avant d’avoir réellement compris les enjeux du problème. L’IA fait partie d’un système complexe de découverte des besoins, donc il est crucial de comprendre la situation dans son ensemble, de considérer divers points de vue et idées. Lorsque nous cultivons des groupes et des projets de recherche et que nos équipes reflètent les multiples visages de la société, nous avons de bien meilleures chances de créer des systèmes, mais aussi des solutions. Dans ces environnements, l’innovation est à l’avant-plan, nous pensons autrement et nous sommes aussi plus inclusifs. Et lorsque je vous en parle, ce n’est pas à titre de projet philanthropique; les actifs et la technologie qui découlent des efforts de nos équipes sont bien réels et nous pouvons les mettre à profit de plusieurs manières. Je pense que c’est un concept à inclure dans nos façons de faire; lorsque nous sommes tous dévoués à faire quelque chose de bien, tout le monde gagne et le retour sur investissement n’est rien de moins que spectaculaire.

Cette entrevue a été éditée et condensée.

 

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Écoutez Saška parler de la science pour le bien commun à IBM Think Digital Event Experience les 5-6 mai prochains. #Think2020

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