Les lieux patrimoniaux en tant qu’opportunités de collaboration créative : conversation avec le PDG de Scottish Canals

par Simon Boiteau, Partenariats et communications – Parcs Canada

Entrevue avec Steve Dunlop, PDG des Canaux écossais, par Simon Boiteau, Partenariats et communications – Parcs Canada, partenaire de C2 Montréal.

Spécialiste de la régénération, Steve Dunlop dirige la Scottish Canals corporation et a été au cœur de nombreux projets, transformant des composantes désaffectées du paysage industriel, notamment, en hubs d’innovation. Cela a contribué à faire de Glasgow la capitale de la culture et de la créativité en Grande‑Bretagne.

À la tête de plusieurs coentreprises immobilières, Steve possède une force créatrice rassembleuse qui catalyse la collaboration entre les visionnaires de tous horizons.

Steve sera à C2 Montréal pour participer à l’atelier Connecter patrimoine, commerce et créativité où nous explorerons le canal de Lachine de demain, un lieu patrimonial emblématique de Montréal. Dans un entretien (trop bref!), Steve partage sa passion pour la remise en cause du statu quo et donne quelques pistes pour favoriser les conditions gagnantes d’une collaboration créative.

Comment peut-on combiner patrimoine, commerce et créativité tout en préservant l’essence de nos lieux historiques exceptionnels?

Je pense qu’il est très facile de mettre en commun le patrimoine, le commerce et la créativité. L’ampleur et le rythme avec lesquels nous mettons en branle des projets dans la ville de Glasgow en font foi! Toutefois, les organismes publics, le secteur privé et les autres intervenants ne pourront y arriver que s’ils travaillent de concert; s’ils s’accordent une confiance mutuelle, c’est alors un objectif très facile à réaliser.

Comment pouvons-nous changer notre façon de voir et de gérer nos lieux patrimoniaux pour créer un climat favorable à l’émergence des occasions d’affaires, notamment en milieu urbain?

Pour que nos bâtiments patrimoniaux puissent être productifs et qu’ils révèlent l’entendue de leur potentiel, j’ai la ferme conviction que nous devons nous préoccuper autant de leur productivité que de leur histoire. Trop souvent, nous avons une approche très conservatrice par rapport à notre patrimoine; par conséquent, ces lieux deviennent stériles. Notre patrimoine, qu’il soit récent ou plus ancien, devrait être branché, excitant et séduisant; des endroits où les gens choisissent de s’investir bien au-delà du cadre de leurs activités professionnelles. Bien gérés, les bâtiments patrimoniaux sont des destinations naturelles pour le monde des affaires, et surtout pour les entreprises créatives.

The Whiskey Bond_Glasgow_©Whiskey Bond

The Whiskey Bond, Glasgow ©Whiskey Bond – Kimberley Grant

Pouvez-vous nous donner quelques exemples de vos réalisations en Écosse?

« Les petites initiatives deviennent grandes, et vite! »

Nous avons converti une distillerie de whisky, un bâtiment délabré de 110 000 pieds carrés qui montrait des signes évidents de dégénérescence, en un modèle de régénération, et ce, avec un investissement de 4 millions de livres. Le bâtiment est à présent occupé à 100 %, sans que nous ayons déboursé un seul centime en publicité, par une communauté créative qui comprend autant des artistes que des chercheurs qui travaillent pour le programme spatial. Ces personnes ont choisi d’occuper cet espace ensemble, car elles partagent le sens de la créativité et ont la même façon de penser. Le loyer ne les intéresse pas, pas plus que la technologie. Ce qui compte pour eux, c’est de partager un espace avec des gens qui pensent comme eux. Et c’est ce qui est fantastique. Cela a servi de catalyseur à la naissance d’une communauté créative qui couvre un quartier entier d’une grande ville, faisant ainsi de Glasgow la capitale de la culture et de la créativité du Royaume-Uni. Les petites initiatives deviennent grandes, et vite!


Qu’avez-vous fait pour susciter l’intérêt des intervenants et des entrepreneurs envers ce projet?

« Pour créer ces lieux, nous avons adopté une approche client créative. »

Nous avons fait des choses complètement folles! Nous avons transformé des zones interdites de l’espace public en espaces accessibles d’une grande beauté, nous avons élaboré et transformé des passages publics souterrains en espaces exceptionnels et absolument remarquables, qui ont carrément surpris les passants et attiré leur attention. Puis, nous avons protégé le patrimoine et avons converti des bâtiments de faible valeur afin de les rendre accessibles, abordables et conformes à ce que les clients recherchent. Pour créer ces lieux, nous avons adopté une approche client créative.

Phoenix Flowers_Glasgow©Scottish Canals

Phoenix Flowers, Glasgow ©Scottish Canals

Si je vous demandais quelle est votre vision pour les sites patrimoniaux en 2035, que répondriez-vous?

« On ne peut [contenir la créativité], on ne peut la gérer ni la contrôler, ce qu’il faut faire est l’alimenter pour qu’elle puisse fructifier. »

Je m’intéresse moins à leur apparence qu’à ce qu’ils dégagent. Ce qui m’intéresse, c’est comment faire de nos espaces urbains des endroits animés, florissants, débordant d’énergie, des endroits dans lesquels la créativité est perceptible jusque dans chaque brique. On ne peut la contenir, on ne peut la gérer ni la contrôler, ce qu’il faut faire est l’alimenter pour qu’elle puisse fructifier. Ce qui m’intéresse, c’est de créer les conditions permettant à la créativité d’émerger. Nous ne devrions pas tenter de gérer la créativité. Les organismes publics et les propriétaires de ces bâtiments doivent créer les conditions dans lesquelles la créativité peut exploser. Et pour y parvenir, il faut parfois s’enlever du chemin!

 

Photo de couverture : Steve Dunlop – CEO of Scottish Canals ©Scottish Canals