3 idées créatives pour nourrir la planète

Équipe C2

D’ici 2050, on estime que les fermiers devront produire 70% plus de nourriture pour subvenir aux besoins de la population mondiale, qui comptera 9 milliards d’individus.

Or, l’agriculture à grande échelle est déjà une source importante de gaz à effet de serre et représente 70% de la consommation d’eau douce dans le monde. Alors que les terres arables s’amenuisent, les forêts tropicales et les autres écosystèmes menacés, appelés à compenser pour le manque de ressources disponibles, pourraient se détériorer encore davantage.

Heureusement, le fermier rockstar Jean-Martin Fortier, la visionnaire 3D Ping Fu et le jardinier sous-marin Luca Gamberini croient qu’il existe de meilleures façons de faire.

 

Jean-Martin Fortier: Faites comme en 1935

Le problème: Les agriculteurs à grande échelle vieillissent, et nous importons plus que nous exportons. Les relations entre le Canada et son principal partenaire commercial, les États-Unis, sont de plus en plus complexes.

La solution: «Les fermes de demain devraient ressembler à celles des années 30, affirme Jean-Martin, mais avec les technologies vertes d’aujourd’hui.»

Cultiver de cette façon nous coûterait d’ailleurs moins cher, puisque de nombreux facteurs – des canaux de distribution à la taxation – déterminent le prix que nous payons pour nos carottes. D’autre part, Jean-Martin souhaite réduire autant que possible le nombre d’intermédiaires, afin que les petits agriculteurs puissent vendre leurs fruits et légumes directement aux consommateurs dans les marchés communautaires. Un jardin commercial bien établi ayant accès à de bons marchés peut rapporter jusqu’à 1 000 000$ par acre et réaliser une marge de profit de 45%, selon Jean-Martin.

«Il y a de grandes choses qui se passent en ce moment.»

Pour nourrir votre réflexion: L’âge moyen des agriculteurs canadiens est de 55 ans, et une plus grande proportion d’entre eux a plus de 70 ans que moins de 35 ans. Aux États-Unis, l’âge moyen d’un agriculteur est de 58 ans. Mais bonne nouvelle: les femmes – le deuxième groupe démographique qui grandit le plus rapidement chez les agriculteurs – représentent une proportion de plus en plus importante des exploitants agricoles canadiens, suivies des moins de 35 ans.

 

Ping Fu: Téléchargez votre déjeuner

Le problème: Nous n’utilisons qu’une infime partie de ce que permettent les nouvelles technologies.

La solution: L’impression de nourriture en 3D. Eh oui, la réalité a dépassé la fiction!

Ping Fu – présidente de Gelsight et membre du conseil de la Long Now Foundation, une organisation qui s’affaire à trouver des solutions aux problèmes mondiaux en se projetant 10 000 ans dans l’avenir – porte des robes et des chaussures imprimées en 3D. Elle «cuisine» aussi pour sa mère de 88 ans à l’aide d’une imprimante alimentaire 3D, la ChefJet Pro.

«Je suis à Los Angeles et elle, en Arizona, explique-t-elle. Le matin, il y a une crêpe qui l’attend, tout droit sortie de son imprimante, avec un message qui dit “Bonjour, maman! Passe une belle journée!”»

L’imprimante alimentaire 3D nécessite trois principaux paramètres: un élément sec (n’importe quel aliment en poudre), un élément humide (huiles et liquides) et une température. Les composants humides se lient avec les composants secs, alors que la cuisson s’effectue à la température définie. «Avec l’impression 3D, vous pouvez régler la température au pixel près, explique Ping, de sorte que vous pouvez manipuler les aliments dans leurs moindres détails, que vous les préfériez croustillants ou plus moelleux.»

Certains restaurants de fine cuisine s’y sont déjà initiés. Quand l’ancienne équipe du El Bulli, par exemple, a voulu concocter un repas d’anniversaire qui en mettrait plein la vue à son célèbre patron Ferran Adrià – l’un des génies gastronomiques les plus respectés au monde –, elle a fait appel à Ping pour lui créer un repas 30 services.

«Bientôt, quand un chef créera un mets fantastique, les données pourront être transmises à des millions d’imprimantes.»

Imaginez un monde où vous pourriez télécharger votre repas préféré, cuisiné à la perfection, et sain par-dessus le marché. «Notre logiciel tiendra compte de vos propres données, explique Ping. Si vous souffrez d’hypertension, vous pourrez choisir de couper ou de diminuer la quantité de sel, ou d’utiliser moins de sucre si vous êtes diabétique.»

 

Luca Gamberini: Ajoutez de l’eau

Le problème: Les terres arables et les ressources agricoles s’essoufflent, alors que la population continue de monter en flèche.

La solution: L’agriculture sous-marine. Sur une planète couverte d’eau à 70%, une partie de la solution à l’insécurité alimentaire pourrait bien se trouver sous l’océan.

Luca Gamberini est directeur marketing de Nemo’s Garden, un projet visant à démontrer le potentiel de l’agriculture sous-marine en tant que ressource alimentaire alternative à faible impact. Son père Sergio et lui ne sont pourtant ni biologistes ni agriculteurs. À la base, ils fabriquent de l’équipement de plongée. Nemo’s Garden est né d’un défi lancé au père de Luca par un de ses proches. Aujourd’hui, cette ferme sous-marine du nord-ouest de l’Italie compte six «cloches» hydroponiques immergées dans lesquelles poussent fruits, légumes et fines herbes.

Ancrées au fond de la mer, les sphères ont un diamètre d’environ deux mètres et sont équipées de capteurs (permettant de contrôler la pression atmosphérique, l’humidité, le CO2, l’oxygène, ainsi que les températures internes et externes), de lumières LED et de bornes Wi-Fi pour la diffusion en direct.

Ce seul jardin sous-marin ne suffira pas à résoudre les enjeux alimentaires du monde entier. Toutefois, selon Luca, ce concept est facilement adaptable. De plus, les récoltes poussent plus vite et avec des rendements plus élevés que ceux de leurs homologues terrestres, résultat qu’il attribue à l’évaporation naturelle, à la pression atmosphérique plus élevée et à la stabilité du climat dans les cloches hydroponiques.

«L’eau retient mieux l’énergie thermique que l’air.»

Bien que le projet en soit encore à ses débuts – il a été lancé en 2013 –, son succès a déjà inspiré des initiatives similaires au Venezuela, en Arabie Saoudite, en Égypte et au Guatemala.