Ô Cannabis

Par Kristen Weisenburger
Recreational cannabis map

Les adeptes canadiens de marijuana attendent de pied ferme l’automne 2018, qui marquera la légalisation du cannabis à usage récréatif partout au pays. Le Canada deviendra du même coup la première nation du G20 à en réglementer la vente et la consommation.

Les experts prédisent que le marché national du cannabis devrait dépasser les 20 milliards de dollars. Plusieurs y voient l’occasion de s’approprier un tout nouveau secteur, plantant le décor pour un scénario à la David et Goliath, où les petits fabricants de produits du cannabis se disputent le terrain avec des mégacultivateurs bien établis et soutenus par le gouvernement.

Mais d’abord…

Quelques précisions lexicales

Décriminalisation (comme au Portugal, en Allemagne et en Suisse): La marijuana est illégale, mais les autorités ferment parfois les yeux sur son usage. Si les consommateurs sont pris en flagrant délit, ils sont passibles de sanctions légères ou peuvent s’en tirer sans casier judiciaire. Certains pays ont légalisé la consommation de cannabis à des fins médicales, mais désapprouvent toujours son usage à des fins récréatives. Un pays qui décriminalise la marijuana ne peut ni taxer ni réglementer sa vente et sa consommation.

Tolérance (comme à Amsterdam, en Jamaïque et dans certaines régions de l’Inde): Les citoyens de ces pays consomment de la marijuana même si elle y est illégale. Dans certaines régions spécifiques, les autorités n’appliquent pas la loi ou tolèrent son usage.

Légalisation (comme en Uruguay et bientôt au Canada): Quand un pays ou un État légalise la marijuana, il ne peut plus pénaliser les gens qui en consomment à des fins récréatives, pourvu qu’ils respectent les lois et règlements qui encadrent sa production, sa vente et sa consommation. La substance peut être réglementée et sujette à une taxe.

Comment ça se déroule ailleurs

Plusieurs pays tendent à assouplir leurs lois sur la marijuana.

Même s’il n’a jamais officiellement interdit de fumer des joints en Uruguay, le pays a été le premier au monde à pleinement légaliser la vente, la consommation et la production de marijuana. en 2013. Le gouvernement uruguayen a mis sur pied des «clubs de culture», un système de dispensaires de marijuana ainsi qu’un institut de régulation du cannabis. Les Uruguayens peuvent s’en procurer dans les pharmacies autorisées ou cultiver jusqu’à six plants de pot pour leur consommation personnelle.

De l’autre côté de l’équateur, la liste des États américains où l’on peut désormais consommer de la marijuana à des fins récréatives en toute légalité continue de s’allonger. En janvier 2018, la vente et la consommation de cannabis étaient légales en Alaska, en Californie, au Colorado, dans le Maine, au Massachusetts, au Nevada, en Oregon, à Washington et au Vermont. Le Michigan et le New Jersey devraient aussi leur emboîter le pas cette année. Au Vermont, bien que la consommation et la possession de marijuana soient acceptées, sa vente à des fins commerciales est toujours considérée comme étant illégale, ce qui coupe l’herbe sous le pied de ceux qui voudraient pénétrer les marchés ayant cours dans d’autres États.

Bien que la marijuana n’ait jamais été officiellement légalisée en Espagne, elle flotte dans ce qu’on appelle un vide juridique (ou non liquet). Autrement dit, puisqu’aucune loi n’encadre sa consommation, elle est considérée comme légale. Or, puisque l’Espagne s’est dotée de règles quant à sa culture, à sa vente et à son importation, il est illégal de fumer de la marijuana en public. Les fumeurs espagnols se tournent donc vers les clubs de consommation de cannabis – des organisations à but non lucratif dédiées à la culture et à la vente de la marijuana.

Le débat post-légalisation: tourner autour du pot

À l’instar d’autres pays et États plus tolérants, le Canada est plutôt large d’esprit face au cannabis depuis les années 1990. L’attitude de plus en plus ouverte du pays a ouvert la voie à une myriade de nouveaux créneaux. Produits comestibles, huiles, onguents et vapoteuses se sont déjà frayé un chemin sur le marché de la marijuana.

Ceux qui tentent de revendiquer leur part du gâteau dans cette nouvelle industrie clament que la légalisation du cannabis récréatif profitera surtout à une poignée de cultivateurs déjà autorisés, contrôlés et réglementés en tant que fournisseurs de cannabis thérapeutique par Santé Canada. Cet oligopole sera mieux placé que les petits joueurs pour approvisionner les pharmacies et les points de vente appartenant au gouvernement.

Pendant ce temps, les fournisseurs indépendants – qui sont derrière bien des nouveaux produits innovateurs – peinent à satisfaire aux normes réglementaires. Et si ces petits commerçants font dans le pot comestible, ils devront se plier à une réglementation encore plus sévère et s’armer de patience pour faire homologuer leurs produits.

La route menant à ce champ bien gardé par Santé Canada est longue et coûteuse.

Bien que n’importe quel fabricant puisse soumettre un produit pour examen et approbation, bon nombre de petits producteurs et fabricants n’ont pas les ressources financières nécessaires pour surmonter les entraves réglementaires imposées par Santé Canada. Avant d’espérer obtenir le feu vert du gouvernement, il faut d’abord passer par un laborieux processus de vérification en sept étapes. Les candidats doivent notamment remplir une longue demande, se livrer à un examen approfondi et à une inspection des lieux, en plus d’obtenir une autorisation de sécurité.

Pour entrer dans les bonnes grâces de Santé Canada, les producteurs doivent disposer d’installations de pointe répondant à des normes de sécurité complexes. Craignant de faire face à une pénurie de cannabis, le Canada a simplifié le processus de délivrance des licences en mai 2017, ce qui a considérablement augmenté le nombre de producteurs autorisés.

La marijuana sur toutes les lèvres

Nous sommes tous curieux de savoir ce que la légalisation de la marijuana récréative changera à notre vie de tous les jours. En fait, probablement pas grand-chose: selon une étude menée par Deloitte en 2017, 22 % des adultes canadiens en consommeraient déjà.  Avec la prolifération de dispensaires, la substance est déjà en vente libre dans plusieurs villes canadiennes, souvent sans prescription.

Pour évaluer les retombées potentielles de cette nouvelle législation, surtout en ce qui concerne les revenus de taxation astronomiques qu’elle pourrait générer, nous pouvons nous tourner vers le Colorado et Washington. L’historique de nos voisins démontre aussi que le marché noir est là pour rester. Le cannabis légal coûte plus cher, et plusieurs consommateurs demeureront fidèles à leur revendeur.

Faut-il se réjouir de cette légalisation imminente? Sans doute, puisque les Canadiens auront accès à des produits standardisés (vous pourrez savoir quelle est la teneur exacte de THC dans votre muffin) et à plus de documentation concernant le cannabis et ses bienfaits. De plus en plus de gens (autrefois réticents à défier la loi) exploreront la substance sous toutes ses formes. Bref, prêts, pas prêts, la marijuana sera bientôt sur toutes les lèvres.

Speaker 2018: Snoop Dogg and Ted Chung

Vous avez entendu la nouvelle?
L’entrepreneur et superstar du hip-hop Snoop Dogg, partenaire de la firme de capital-risque Casa Verde Capital et cofondateur de la plateforme multimédia MERRY JANE, dédiée à la culture du cannabis, sera conférencier à #C2M18. Pour voir la liste de tous les conférenciers annoncés jusqu’à maintenant, c’est par ici.