Prédictions 2019: Développez vos dons de voyance avec The Economist

Par Laura Beeston
Prédictions 2019: Développez vos dons de voyance avec The Economist

Un des ingrédients secrets pour prédire l’avenir? Les éclairs au chocolat.

C’est du moins ce qu’affirme Daniel Franklin, éditeur exécutif et diplomatique du média britannique The Economist. Depuis 2003, ce journaliste chevronné spécialisé en affaires internationales dirige le populaire hors-série annuel The World in… du magazine, une référence en matière de prédiction et d’analyse des forces politiques, économiques et culturelles qui façonneront le monde dans l’année à venir.

Alors que 2019 approche à grands pas, Daniel vous offre quelques conseils pour formuler vos propres pronostics.

 

Lire les feuilles de thé, façon Economist

Chaque année, au mois de mai, Daniel et son équipe – fidèles à la tradition anglaise – commencent leur odyssée divinatoire avec un thé éditorial. Ensemble, ils réfléchissent aux événements et tendances à venir, établissent un calendrier pour la prochaine année et remplissent les cases avec l’aide d’éditeurs et de correspondants spéciaux, afin de cerner avec exactitude ce qui pourrait se pointer à l’horizon (tout en se gavant de pâtisseries sucrées et onctueuses). 

«C’est bon d’avoir une structure», explique Daniel. En plus des viennoiseries, «la boîte à outils de The Economist consiste essentiellement en trois choses»:

  1. Commencez par étudier les leçons du passé
  2. Faites des suppositions éclairées par rapport au présent
  3. Utilisez la science-fiction pour prédire l’avenir

Par où commencer pour «avoir une petite idée de ce qui s’en vient»? Selon Daniel, cette boîte à outils est un bon point de départ, puisqu’elle permet de prendre du recul et de nous situer par rapport au passé, de cerner les tendances qui se dessinent et –  grâce au pouvoir de la fiction – d’imaginer toutes les répercussions possibles de ces innovations et événements hypothétiques.

«Cette [boîte à outils] peut s’avérer vraiment utile pour anticiper des changements fondamentaux, comme l’avènement de l’IA ou les bouleversements qui seront entraînés par le déploiement des véhicules autonomes», dit Daniel.

Dans le cas des véhicules sans conducteur, par exemple, on peut d’abord se pencher sur les cas où, par le passé, un moyen de transport en a perturbé un autre – disons l’arrivée du moteur à combustion à l’époque des calèches. Cet exercice permet de constater à quel point le changement peut être fulgurant, et quelles ont été les retombées du côté de la création d’emplois, des infrastructures et de la réglementation routière.

L’étape numéro deux consiste à se tourner vers la mobilité à l’heure actuelle, de l’organisation des villes et des systèmes de transport aux conversations sur les voitures sans conducteur, en passant par l’essor du covoiturage et des véhicules électriques.

Enfin, on se projette dans l’avenir pour imaginer la société de demain en faisant appel à la science-fiction. «C’est une bonne façon d’envisager les conséquences de quelque chose qui pourrait se produire et d’explorer les dimensions éthiques, les implications du point de vue de l’organisation de la société», explique Daniel.

 

Lecture de chevet pour apprentis voyants

Selon Daniel, le rédacteur en chef adjoint Tom Standage est le vrai de vrai mordu de science-fiction chez The Economist. Voici ses trois auteurs préférés:

  • Alastair Reynolds, qui jette un regard corrosif sur un avenir (plausible) dans lequel l’humanité s’est scindée en plusieurs espèces transhumaines et où les interfaces cerveau-ordinateur ont envahi le monde.
  • Kim Stanley Robinson, un auteur de science-fiction prolifique dont les récits sont empreints d’une vision environnementaliste, avec un penchant historique.
  • Ann Leckie, qui démontre comment la science-fiction permet d’explorer les notions de genre et d’identité… tout comme les empires galactiques ou l’esclavage des IA.

 

Anticiper l’avenir: c’est dans votre ADN

À en croire la fidélité de leur auditoire, la boîte à outils de The Economist fonctionne. The World in… est tiré à pas moins d’un million d’exemplaires par an, en plus d’être distribué par 35 partenaires en langues étrangères.

Daniel croit que si cette publication a autant de succès, c’est parce que les humains sont toujours, en quelque sorte, en train de faire des prédictions.

«Nous devons tous essayer de prédire ce qui va se passer dans nos vies, explique Daniel. Nous prenons constamment des décisions en fonction de ce que nous prévoyons. C’est ce qui détermine où nous investissons notre argent, dans quelles carrières nous nous engageons et si nous pensons ou non qu’il est sécuritaire d’aller à tel endroit et de faire telle chose. «Ces prévisions relèvent tous de notre propre opinion quant à ce qui risque de se produire dans le monde.»

Il ajoute que, bien que les lecteurs soient assez intelligents pour comprendre que leurs prophéties ne sont pas garanties, ils «sont curieux de les connaître et tireront leurs propres conclusions, en se basant notamment sur celles des autres.»

Chaque année, Daniel est aussi celui qui doit passer en revue l’édition précédente et déterminer où ils ont visé dans le mille, et où ils ont eu tort.

«En 2018, nous nous en sommes pas trop mal tirés dans l’ensemble», affirme-t-il, «mais mon propre bilan est que nous n’avons pas été assez loin… Trump a été encore plus Trumpesque que nous ne l’aurions pensé.»

 

Quelques-unes des prédictions de Daniel pour 2019:

 

Art et design:

Daniel prévoit que l’ouverture du centre The Shed à New York au printemps prochain sera un événement important, culturellement parlant. «Les grands espaces audacieux et agiles auront de l’influence», explique-t-il. «Les [initiatives] enracinées dans la communauté seront un autre grand thème dans le monde de l’art.» Entre-temps, en Allemagne, le Forum Humboldt ouvrira ses portes à Berlin.

 

Marketing et médias:

«Presque chaque nouveau dollar publicitaire sera investi dans le numérique. Le marketing d’influence sera toujours en vogue. Nous nous amusons aussi à imaginer une nouvelle loi (sur le modèle de la réglementation européenne sur la protection des données personnelles) stipulant que les slogans des entreprises doivent être véridiques.»

 

Sciences et technologies:

«Nous avons consacré un article aux changements dans les transports, qui examine comment le covoiturage, les voitures électriques et les véhicules sans conducteur sont en train de transformer l’industrie automobile et des transports.»

 

Leadership et talent:

Dans The World in 2019, vous pourrez lire un article soutenant que les entreprises devront aiguiser leur conscience politique. «Les PDG devront être aussi bien informés qu’un candidat présidentiel se préparant à livrer un débat en direct.»

 

Société et environnement:

«C’est en 2019 que les États-Unis se retireront officiellement de l’Accord de Paris sur le climat», rappelle Daniel. «D’ici là, je crois que les gens seront de plus en plus préoccupés par les effets des catastrophes naturelles et par les mesures probablement inadéquates visant à faire face au changement climatique.»

 

En savoir plus

The World in 2019 réunit l’auteur de Sapiens Yuval Noah Harari; d’éminentes leaders féminines comme Christine Lagarde, Ellen Johnson Sirleaf et Stacey Cunningham; le magnat des affaires Pony Ma; Laurene Powell Jobs; le chef du Parti travailliste Jeremy Corbyn; le fondateur de Spotify Tobias Lütke ainsi qu’Angelina Jolie.

 

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