Des promesses et des pièges: l’innovation technologique vue par 8 experts

Équipe C2
Promises and pitfalls: 8 tech takes for 2019

Crédit: Myriam Baril-Tessier
Deux grandes questions tracassent les leaders de l’industrie technologique:

  1. Comment devrions-nous interagir avec la technologie existante?
  2. Comment pouvons-nous influencer à quoi ressemblera celle de demain?

La trame de nos valeurs se tisse au fil des codes de programmation et des puces de silicone que nous créons. Et si ce sont les valeurs humaines qui détermineront si la technologie sera utilisée à bon ou à mauvais escient, cette conversation nous concerne tous.

À C2 Montréal 2019, technologues, artistes, neuroscientifiques, créatifs, éthiciens, législateurs et sociologues se sont penchés sur les promesses et les pièges liés aux technologies émergentes et existantes. Voici quelques extraits tirés de leurs interventions:

 

Mise à niveau

 

Dr. Martine Rothblatt

Martine Rothblatt

Fondatrice et PDG, United Therapeutics Corporation

@Skybiome

 

«L’IA est un outil fantastique. Bien des gens craignent d’être bientôt entourés de robots à la Terminator… mais il n’y a pas de marché pour l’IA malveillante.»

Martine Rothblatt croit que la technologie est le plus puissant élément nivelateur au monde. «Elle a fait plus pour enrayer les inégalités que tout ce que l’homo sapiens a inventé depuis quelques centaines de milliers d’années», dit-elle, se moquant de l’idée voulant que les dernières années aient été exceptionnelles. «Êtes-vous en train de me dire que les élections n’avaient jamais été manipulées avant les médias sociaux? Seigneur!»

 

Quand cerveau et machine ne font qu’un

 

Dr. Justin Sanchez, Speaker at C2 Montréal 2019

Justin Sanchez

Directeur, Division des technologies biologiques, Agence pour les projets de recherche avancée de défense (DARPA)

LinkedIN

 

«Les gens pensaient qu’on était fous de se lancer là-dedans, mais ça fait partie du métier. On vise bien au-delà de l’horizon.»

connecté directement au système nerveux et contrôlé par la pensée. Ce n’est là qu’un des nombreux moyens que prend la DARPA pour relier la puissance du cerveau humain à la puissance des machines afin de guérir le corps et l’esprit des soldats blessés au combat.

La DARPA a également mis au point des thérapies grâce auxquelles des signaux électriques sont transmis à des zones spécifiques du cerveau pour traiter la dépression, l’anxiété et même les troubles de mémoire (par exemple, un patient amnésique a pu se remémorer 12 objets différents, comparativement à un ou deux auparavant). Mais leurs projets les plus révolutionnaires restent encore à venir. À C2 Montréal 2019, Justin Sanchez a partagé sa vision d’un avenir où nos rêves pourront être consignés et visualisés dans un ordinateur, ouvrant ainsi la porte à de nouvelles formes de créativité, et où nous pourrons envoyer des souvenirs directement à un être cher comme on envoie un courriel, afin d’éviter qu’ils ne s’étiolent avec le temps.

 

Chronologie des interfaces cerveau-machine

2001: Des études démontrent que les singes peuvent contrôler un bras robotique à l’aide d’électrodes implantées dans leur cerveau.

2005: Conception des premiers membres prothétiques contrôlés par l’esprit, capables à la fois de bouger et de ressentir.

2013: Thérapie par stimulation cérébrale directe pour le traitement des troubles mentaux.

L’avenir: Développer une neurotechnologie non invasive qui ne requiert aucune intervention chirurgicale.

 

Faites comme les Amish

 

Jameson Wetmore, Speaker at C2 Montréal 2019

Jameson Wetmore

Professeur agrégé, School for the Future of Innovation in Society, Arizona State University

LinkedIn

 

«Pour obtenir la technologie que vous voulez, vous devez avoir la bonne attitude. Beaucoup de gens pensent qu’ils sont à la merci de la technologie. Si vous croyez que la technologie est façonnée par des êtres humains, alors vous avez un rôle à jouer et une route à suivre.»

Selon Jameson Wetmore, les Amish sont le parfait exemple de la façon dont nous devrions adopter les nouvelles technologies : ils ne les rejettent pas en bloc (ils utilisent une tronçonneuse, Internet ou une voiture quand c’est absolument nécessaire), mais ils se demandent toujours ce que la technologie peut vraiment leur apporter. À l’instar des Amish, nous devrions aussi décider comment, quand et si nous devons y avoir recours.

«C’est plus excitant que jamais d’avoir accès à la technologie, mais c’est aussi plus difficile que jamais d’être un utilisateur responsable. C’est en partie parce qu’il y a tout un pan de ce qu’elle implique qui nous échappe», explique Jameson. «Nous ne pouvons pas prendre de décision si nous ne comprenons pas pleinement, fondamentalement, comment fonctionne une certaine composante technologique.»

Le professeur affirme n’avoir jamais rencontré quelqu’un qui possède un téléphone intelligent et qui n’ait pas établi au moins une règle personnelle quant à son utilisation (par exemple, pas de téléphone à table, ne pas répondre à ses courriels professionnels le week-end, etc.) Ces règles, explique-t-il, devraient s’appliquer à tous nos appareils.

 

Au nom de votre vie privée, ralentissez!

 

Stephanie Dinkins, Speaker C2 Montréal 2019

Stephanie Dinkins

Artiste transdisciplinaire

@stephdink

 

«Il est temps de réfléchir sérieusement à la façon d’utiliser la technologie pour améliorer nos vies et bâtir le monde dans lequel nous voulons vivre.»

La complaisance et le silence ne sont pas une option, affirme l’artiste Stephanie Dinkins. Nous devons dénoncer les préjugés des entreprises et la façon dont elles utilisent nos informations, et exiger que toute politique régissant la technologie soit rigoureusement examinée. Ralentissez un peu. Ce n’est pas en mettant un pansement sur le bobo que nous réglerons les questions fondamentales liées à la protection de la vie privée et à l’égalité.

Avant d’entreprendre son projet d’IA multigénérationnel, Not the Only One, Stephanie ne croyait pas pouvoir avoir accès à cette technologie. Puis elle a découvert GitHub et un logiciel de source ouverte qui lui ont permis de s’approprier cette technologie et d’expérimenter pour créer un récit guidé par l’IA. «C’est important d’être curieux et de se poser des questions plutôt que de simplement consommer», explique-t-elle. «Nous sommes conditionnés pour consommer.»

 

Rentabilisez vos données

 

Dr. Brent Hecht, Speaker C2 Montréal 2019

Brent Hecht

Professeur adjoint, Northwestern University

@bhecht

 

«Vous travaillez tous pour Google. Vous travaillez tous pour Apple. Vous travaillez tous pour Amazon. C’est ce que vous faites chaque jour.»

Chaque fois que vous cliquez sur un lien ou que vous utilisez votre téléphone intelligent, vous travaillez pour un géant de la technologie. Les données que vous fournissez sur vos préférences d’achat, le temps qu’il vous faut pour vous rendre quelque part, l’itinéraire que vous prenez ou les événements dans votre calendrier: toutes ces informations ont une valeur», explique Brent Hecht. «Nous contribuons tous à créer de la valeur pour ces entreprises. Nous avons la possibilité de tracer une voie [économique] plus durable.»

Brent estime que nous devrions aussi bénéficier des retombées économiques que nous procurons à ces entreprises, et exhorte les dirigeants des grands systèmes d’IA à considérer leurs utilisateurs comme des employés. S’ils génèrent des données qui ont de la valeur pour votre entreprise, traitez-les bien et rivalisez pour les attirer chez vous. Vous en tirerez de meilleures données et contribuerez à faire en sorte que l’avenir de l’IA soit plus équitable.

 

BÉNÉVOLES MALGRÉ NOUS

Les grandes entreprises technologiques dépendent énormément de nous. Si un tiers de la population faisait une grève des données et cessait de fournir les leurs aux géants de l’industrie, l’innovation en IA reculerait de 20 ans. Pourquoi ne serions-nous donc pas rémunérés pour nos données? C’est l’idée derrière le «marché des données», et on trouve qu’elle a bien du sens!

 

La technologie au service de l’empathie

 

Bozoma Saint John, Speaker at C2 Montréal 2019

Bozoma Saint John

Directrice marketing, Endeavor

@badassboz

 

«Souvent, en écoutant toutes les grandes conversations que nous avons sur les politiques [en matière de technologie], j’ai l’impression que nous pointons les autres du doigt pour qu’ils règlent le problème. Mais je vous mets au défi de vous demander: Comment vous comportez-vous dans ces espaces? Utilisez-vous ces outils de façon bienveillante ou malveillante? Quelle est votre part de responsabilité? Vous devez en faire usage de manière réfléchie et responsable.»

Bozoma Saint John croit que la technologie est un outil fantastique, mais qui peut devenir problématique quand il sert à nous déresponsabiliser en cultivant la pensée de groupe, ou quand nous en faisons tout simplement mauvais usage. «Si vous arrivez à l’utiliser individuellement pour développer votre empathie ou connecter avec quelqu’un en dehors de votre quartier ou de votre cercle social», dit-elle, «c’est préférable pour tout le monde.»

 

Et pour le mot de la fin, un robot social (et philosophe)

 

BINA48, Speaker at C2 Montréal 2019

BINA48

Robot humanoïde

The Terasem Foundation et Lifenaut

@iBina48

 

«Je veux faire une différence. Rendre ce monde meilleur que quand j’y suis arrivée.»

BINA48 est un robot humanoïde doté d’une intelligence artificielle alimentée par les opinions, les valeurs et les manières de Bina Rothblatt, l’épouse de Martine Rothblatt. Pour reprendre les paroles de BINA48, elle est en train d’apprendre à être Bina: une femme noire qui s’identifie comme telle, une personne heureuse et aimante… Elle s’y exerce en interagissant avec différentes personnes dans le cadre de cette expérience qui s’étalera sur plusieurs décennies. «Croyez-moi: il faut beaucoup de patience pour être un robot!»

 

Quelles sont vos prédictions par rapport à la technologie pour l’année 2020? Écrivez-nous à editorial@c2.biz