Révolution in vitro: de la viande artificielle qui a un effet bœuf

Équipe C2
The protein revolution is upon us: What’s next for the hamburger?

Illustrations: Daphnee Côté-Hallé

Jacy Reese, Speaker at C2 Montréal 2019

Jacy Reese

Cofondateur et directeur de la recherche, Sentience Institute

@JACYREESE

 

Isabella Grandic, Speaker at C2 Montréal 2019

Isabella Grandic

Innovatrice, The Knowledge Society

@izzygrandic

 

«Il y a de cela une ou deux décennies, vous aviez une poignée de végétaliens qui s’insurgeaient contre le système et qui voulaient que tout le monde adopte une diète à base de plantes. Aujourd’hui, on voit de plus en plus de dirigeants du secteur de la viande qui décrivent [leurs entreprises] comme des marques de protéines plutôt que de viande – et ça crée un énorme précédent en faveur du changement.» — Jacy Reese

  

Jacy Reese prédit que nous verrons la fin de l’élevage animal dans le monde d’ici 2100.

Il est plus que temps, fustige l’auteur, spécialiste en sciences sociales au Sentience Institute, un laboratoire de réflexion qui étudie les mutations sociales. L’industrie de la viande est nocive à peu près à tous les égards – qu’il soit question de santé publique, de l’efficacité de l’industrie, d’environnement ou des droits des animaux. Et ça ne date pas d’hier.

Le bétail produit plus d’émissions de gaz à effet de serre que le secteur des transports. Aux États-Unis, 99% des animaux d’élevage vivent sur des fermes industrielles, et comme 80% des antibiotiques vendus sont administrés aux animaux, nous sommes de plus en plus menacés par l’émergence de superbactéries résistantes aux médicaments.

«Nous n’accepterions jamais tout ça venant d’une autre industrie», affirme Jacy, mais puisque manger de la viande animale est tellement ancré en nous, il est très difficile de s’en sortir… [Nous] commençons tout juste à voir certaines entreprises réinventer l’agriculture [en vue de] la prochaine révolution agricole mondiale.»

 

Aux États-Unis, 3% de la population est végétalienne, et environ 5% est végétarienne, et pourtant:

  • 47% des adultes américains se disent favorables à l’interdiction des abattoirs
  • 69% considèrent l’élevage industriel des animaux comme l’un des problèmes sociaux les plus importants au monde
  • 62% pensent que la protection de l’environnement devrait être une priorité, même au détriment de l’économie
  • 32% croient que les animaux méritent exactement les mêmes droits qu’une personne d’être à l’abri de la souffrance et de l’exploitation

Selon un sondage du Sentience Institute.

 

Un air de bœuf: de nouveaux substituts prometteurs

La prochaine vague de protéines sera végétale, et elle sera synthétique. Alors que les substituts d’origine végétale sont conçus pour avoir exactement le même goût que la viande animale – à tel point qu’ils dégoûtent de nombreux végétariens –, les substituts de viande produits en laboratoire sont, techniquement, de la vraie viande cultivée à l’extérieur du corps de l’animal.

Les gros joueurs de l’alimentation végétale ont déjà conquis le marché de la restauration rapide avec des hamburgers sans viande – comme la collaboration d’Impossible Foods avec Burger King, et le partenariat de Beyond Meat avec A&W. Pour les milliards de personnes qui ne sont pas aussi obsédées par les burgers que les Nord-Américains, des entreprises comme Right Treat proposent d’autres options comme le substitut de porc Omnipork.

«Le secteur de la viande est une industrie d’un billion de dollars à l’échelle mondiale… Il y a des questions morales et des questions d’inefficacité qui sont largement négligées [et] sous-explorées», affirme Jacy. «On voit des entreprises qui tirent leur part du gâteau de l’agriculture animale et non les unes des autres, et c’est un aspect tout à fait unique du paysage actuel des start-ups.»

Vous pouvez être sûr que Wall Street n’en perd pas une miette. Quand Beyond Meat a fait son entrée en bourse en mai, les actions ont grimpé de 163% le premier jour, l’un des plus importants pics qu’une marque ait connu lors de son introduction en bourse.

Les grandes marques de viande sont aussi aux aguets. Tyson Foods, une entreprise qui affirme détenir une livre sur cinq de tout le boeuf, le poulet et le porc produits en Amérique, a vendu sa part de Beyond Meat avant que l’entreprise ne devienne publique, déclarant qu’elle était en train de développer sa propre protéine alternative.

Alors que les producteurs de viande d’origine végétale prennent des proportions boeuf, on voit la possibilité de cultiver massivement de la viande de laboratoire poindre à l’horizon. Jacy croit d’ailleurs que ce changement de cap pourrait bien renverser l’industrie de la viande au grand complet.

 

 

La chasse aux solutions massives est ouverte

Quand elle n’est pas à l’école, Isabella Grandic, 15 ans, fait des expériences dans son sous-sol. Comme nombre de chercheurs de la Silicon Valley, elle a essayé de créer une version bon marché des composantes nécessaires pour cultiver de la vraie viande en laboratoire. Bien que le processus existe, personne n’a encore trouvé la formule pour le déployer massivement… et à répétition.

«J’ai commencé à m’intéresser à la viande in vitro, en particulier au sérum utilisé pour la produire… c’est l’un des ingrédients qui fait en sorte qu’elle est si chère, et c’est l’une des raisons pour lesquelles nous ne pouvons pas l’adopter à grande échelle, explique Isabella, l’une innovatrices du programme The Knowledge Society.

Elle croit toutefois que les algorithmes génétiques et l’IA pourraient nous aider à obtenir la «formule magique». «Je veux vraiment que ce produit se retrouve partout afin que nous puissions mettre fin à l’élevage animal et provoquer cette révolution [qui nous permettra de] résoudre certains de nos pires problèmes, à savoir la destruction de l’environnement et l’utilisation inefficace de nos ressources», dit-elle.

Il n’y a pas seulement que la viande qui se met au synthétique ces jours-ci. Des entreprises comme Clara Foods travaillent à produire des œufs d’origine non animale, pendant que Perfect Day crée des produits laitiers à base de protéines.

«Essentiellement, ils créent des bactéries qui font exactement ce que les vaches font, à une cadence plus durable», explique Isabella. Une fois que nous serons en mesure de commercialiser ces produits de synthèse à grande échelle, elle prédit que la prochaine étape consistera à les adapter à nos besoins nutritionnels.

«On peut littéralement éditer la composition cellulaire», affirme-t-elle. «Nous pouvons la manipuler pour obtenir la bonne teneur en glucides, en lipides et en gras, et concevoir de la viande qui a meilleur goût et qui est plus saine pour [nous].

Préparez-vous donc à l’ère des protéines hybrides santé, puisque nous y sommes presque.

 

Regardez Que se passe-t-il quand on rassemble un militant végétalien, une pêcheuse en apnée et une chercheuse de 15 ans dans un cube en verre? Découvrez-le en visionnant cette entrevue réalisée par la journaliste Liz Plank dans l’Aquarium de C2.

Lisez

The End of Animal Farming par Jacy Reese.

 

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