Spike Lee: raconte-moi une autre histoire

Équipe C2
Filmmaker Spike Lee on fighting the system

Crédit: Myriam Baril-Tessier
 

Speaker 2019, Spike Lee

Spike Lee

Réalisateur, producteur, acteur et auteur

@officialspikelee

 

«En tant qu’artiste, il ne faut pas avoir peur de se mouiller le bec.»

 

À leur premier jour sur les bancs de la NYU, le professeur de cinéma Spike Lee dit d’entrée de jeu à ses étudiants qu’ «il n’y a jamais qu’une seule façon de faire les choses; vous devez trouver comment vous allez évoluer et naviguer dans l’industrie.»

Spike, pour sa part, a voulu raconter des histoires qui élargiraient le spectre narratif de l’expérience noire en Amérique. Tout juste après avoir récolté un Oscar pour son film BlacKkKlansman et lancé la deuxième saison de sa série She’s Gotta Have It sur Netflix, le cinéaste prolifique est monté sur scène à C2 Montréal 2019 pour partager une partie de la sagesse qu’il a acquise tout au long de sa remarquable carrière.

 

L’art de se financer

En 1986, le réalisateur aux multiples talents vendait des t-shirts à la sortie des projections de son premier film à succès, She’s Gotta Have It. À l’époque, il n’avait pas les moyens de promouvoir le film, alors Spike a appris très tôt à se vendre.

«Vous savez de qui j’ai appris? Madonna. C’est un génie», explique Spike. «Musicalement, mais aussi dans sa façon de s’autopromouvoir. J’ai beaucoup, beaucoup appris de Madonna.»

Spike a aussi été profondément influencé par son père, le jazzman Bill Lee, qui a été bassiste pour Bob Dylan, Peter, Paul and Mary et Gordon Lightfoot. Quand Dylan a branché sa guitare, tous ceux qui jouaient avec lui ont suivi. «Mais mon père refusait de jouer de la basse électrique», explique Spike. «Il avait cinq enfants, mais il ne jouait pas de basse électrique. Si vous avez vu le film Crooklyn, eh bien c’est dans cette famille que j’ai grandi.»

Après avoir été aux premières loges du dilemme de son père et avoir vu sa mère se démener pour mettre du pain sur la table, Spike a décidé que ce n’était pas ce à quoi il aspirait en tant que cinéaste. Il devrait trouver le juste milieu entre principes et profit.

«Je comprends pourquoi mon père ne voulait pas le faire», affirme Spike. «Il avait des standards, des convictions. Mais il avait aussi cinq enfants… C’est une des situations à laquelle on assiste dans la saison deux [de She’s Gotta Have It]. Nola Darling est une jeune artiste qui essaie de rester fidèle à elle-même et à son art, mais comme le dit le personnage d’Opal: “Il n’y a rien de romantique à être une artiste affamée.”»

 

Plus de couleurs sous les projecteurs

Spike dit avoir compris, «dès le tout début, à l’école de cinéma, que les réalisateurs ont tout le mérite, mais qu’ils ont besoin de gens autour d’eux. C’est comme diriger une équipe sportive: vous devez mettre les meilleurs joueurs sur le terrain pour performer.»

L’industrie cinématographique américaine n’a jamais été faite pour permettre aux gens de couleur de réussir, ajoute-t-il, «alors je me suis promis que dans mes films, il y aurait de la diversité entre les sexes et les races… Ça allait être ma décision et j’aurais le pouvoir d’engager qui je voulais. Quand vous êtes en position de pouvoir, servez-vous-en… Je savais que c’était ce que je devais faire si je voulais avoir un impact et changer le visage de cette industrie.»

Alors, d’où Spike tient-il ses superpouvoirs?

«J’ai compris que nous pouvons puiser dans le pouvoir de nos ancêtres, qui ont vécu des choses inimaginables, et je l’ai utilisé sur le plan personnel», explique-t-il. «Chaque fois que je vis des moments difficiles, je prends un peu de recul… Je me ressaisis et je me relève, en me disant que ce que je traverse n’est rien comparé ce que mes ancêtres ont connu.»

Le nom de la maison de production de Spike, 40 Acres and a Mule, est une référence historique aux réparations promises par le gouvernement américain aux victimes de l’esclavage – auxquelles très peu d’anciens esclaves ont eu droit. Son entreprise vise à donner aux gens de couleur l’occasion de travailler dans une industrie qui «n’est pas faite pour que l’on gagne.»

Avec 40 Acres, il peut maintenant raconter les histoires qu’on ne raconte généralement pas, comme le fait que c’est le sang des génocides et de l’esclavage qui coule dans les veines des États-Unis d’Amérique. Et Spike a désormais le pouvoir de s’entourer d’autres artistes qui, comme lui, «ont envie de raconter des histoires différentes sous une perspective différente.»

«J’ai toujours été convaincu que ça devait se poursuivre dans le temps, pas juste être une mode», dit Spike à propos du cinéma afro-américain. Comme en témoigne le succès de Black Panther et de BlacKkKlansman, «nous vivons à une époque où l’on reconnaît de plus en plus de voix et de films différents».

 

Poursuivre le visionnement

Regardez cette entrevue intime réalisée avec Spike dans l’Aquarium, le studio média de C2 Montréal 2019.

 

 

Des questions? Des commentaires? Écrivez-nous à editorial@c2.biz.