Surfer vers l’avenir

Surfer vers l’avenir Stowe Boyd, l’un de nos deux commissaires invités, est chercheur, auteur, futuriste, anthropologue autoproclamé du Web, ainsi que chef de recherche chez Gigaom. Nouveauté de cette année, les commissaires invités travaillent en étroite collaboration avec nos conférenciers afin de les aider à présenter leur meilleure allocution à vie, tout en assurant sa cohérence avec nos thèmes et le reste de la programmation. En d’autres termes, ils veillent à ce que nous soyons collectivement époustouflés, quel que soit notre domaine d’expertise. Nous lui avons demandé d’écrire ce billet pour présenter sa vision et son approche.

« Toute idée utile concernant l’avenir devrait d’abord paraître ridicule. » — Jim Dator

« L’avenir n’est rationnel qu’en rétrospective. » — Matt et Gail Taylor

« L’avenir est un accident. » — Skrillex [lien]

On m’a demandé d’écrire quelques lignes au sujet de l’approche que j’adopterai dans le cadre de mon rôle de commissaire pour la prochaine conférence C2 Montréal 2016. La vérité? Je continuerai d’appliquer les principes qui dictent ma conduite depuis une quinzaine d’années : un ensemble de valeurs flexibles centrées sur la participation au discours social au sujet des tendances du jour dans les affaires, les médias et la société. Je porterai une attention toute particulière au domaine du travail et, bien entendu, à l’avenir du travail et des technologies qui le façonnent.

À titre de futuriste, mon approche peut se résumer aux trois citations figurant au début de cet article. La discipline du « futurisme » ne consiste pas à prédire un avenir en particulier, mais à explorer divers scénarios et, ainsi, se préparer à faire face à n’importe quelle éventualité. Le but n’est donc pas de répondre à la question « à quoi ressemblera l’avenir? » mais, au contraire, de se poser de meilleures questions au sujet de l’avenir, et de s’en poser davantage, sans écarter ce qui paraît ridicule ou irrationnel.

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J’ai récemment appris, grâce à Whitney Johnson, que les surfeurs professionnels ne passent que 8 % de leur temps sur l’eau à chevaucher les vagues. Ça peut paraître peu si l’on pense au temps passé à ramer (54 %) et à simplement attendre (28 %). Ils passent presque le tiers de leur temps assis sur leur planche, à regarder les vagues déferler et à bavarder avec les autres surfeurs. En d’autres mots : ils flottent et scrutent l’horizon, à l’affût de la prochaine bonne vague et d’une raison de ramer vers des eaux plus mouvementées pour la prendre au passage.

Mes méthodes sont donc semblables à celles de ces surfeurs, sauf qu’au lieu d’attendre et de ramer, je passe le plus clair de mon temps à lire, à prendre des

notes et à discuter des sujets qui m’intéressent. Tout comme eux, je passe à peine 10 % de mon temps à synthétiser ces informations, à écrire, à travailler avec des clients ou à parler. Cela représente peut-être une heure sur huit, ou sur dix. Voilà comment je chevauche la vague.

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Il y a toute une panoplie de sujets qui, à mon avis, jouent un rôle décisif dans le monde changeant des affaires. Généralement, on peut les classifier ainsi : l’avenir de la collaboration, l’apprentissage, la fabrication et le travail. Ça tombe bien, ce sont exactement les sujets que j’encadrerai lors de la conférence C2.

Notre thème est « L’ère de la multitude ». Autrement dit, la puissance et la prééminence qui ont jailli des multiples facettes d’une société s’éveillant au réseautage, une société dans laquelle des transformations semblent être en voie d’émerger au sein de chaque plateforme sociale qui déploie autour d’elle-même une écologie sociale encore plus large.

Bien qu’il ait la capacité d’amplifier positivement les ambitions humaines, l’avenir est un accident, comme le fait remarquer le musicien Skrillex. On peut donc observer que cette prétendue économie du partage soulève notamment des questions au sujet des relations entre travailleurs « indépendants » et services à la carte, dont Uber, et que cette dynamique va au-delà de l’activation d’un potentiel entrepreneurial inexploité. Nous entendrons parler d’employés qui se consacreront à apprendre comment mieux utiliser les technologies numériques et, ainsi, aider à propulser leur entreprise dans le 21e siècle. Ils découvriront cependant que cet apprentissage pourrait se faire au détriment de leur temps libre… qu’ils le veulent ou non. Nous réapprendrons que les relations qui existent aujourd’hui exercent leur influence sur le monde si technologiquement avancé de demain, et que même les changements les plus anodins en apparence entraînent des conséquences imprévues — et impossibles à prévoir.

L’avenir semblera logique une fois qu’on y arrivera, mais en attendant, la vie peut bien nous sembler ridicule ou irrationnelle. J’espère que les orateurs sauront dissiper cette confusion et clarifier le monde nébuleux, tourbillonnant et en constante accélération vers lequel nous ramons.

Photo: © Elisabeth Charbonneau 2016 Tous droits réservés