L’océanographe Sylvia Earle lance un SOS – et un message d’espoir

Équipe C2
Troubled waters: Dr. Sylvia Earle on saving our oceans… and ourselves

À quelques lieues sous les mers, entourée de créatures bioluminescentes, l’océanographe Sylvia Earle se sent comme un poisson dans l’eau.

Véritable légende vivante, Sylvia a mené plus de 100 expéditions en mer dans le monde entier depuis sa première plongée en 1953, réalisée à l’aide d’une des toutes premières bouteilles d’air comprimé.

Elle a dirigé la première équipe de femmes aquanautes de la mission Tektite II de la NASA en 1970, dans le cadre de laquelle celles-ci ont vécu dans un habitat sous-marin pendant plus d’une semaine. En 1979, elle a établi un record pour avoir exploré les fonds marins de façon autonome à une profondeur de 1 250 pieds. Ses exploits ont jeté les bases de l’inclusion des femmes dans les expéditions spatiales. Parmi ses nombreuses autres réalisations, Sylvia a été la première scientifique féminine en chef de la National Oceanic and Atmospheric Administration.

En raison de son travail colossal et des 7 000 heures qu’elle a passées sous l’eau, Sylvia a été surnommée «Sa Profondeur» par le New Yorker.

L’exploratrice de 82 ans est désormais convaincue que le grand bleu voit noir. Sylvia a assisté, à son grand désarroi, à la disparition de nombreuses espèces et de récifs coraux aux quatre coins du globe, et est déterminée à éduquer la population quant au «système de survie» de la planète, pour que l’on cesse de penser que l’océan recèle des ressources gratuites et infinies.

«Je ne me considère pas comme une militante, mais plutôt comme un témoin», affirme pourtant la fondatrice de Mission Blue, un organisme qui encourage les gens à explorer les océans, à en apprendre plus sur ceux-ci et à les protéger.

 

Changer: une question de vie ou de mort

«Quand il pleut, c’est l’océan qui vous touche, dit Sylvia. Quand vous respirez, c’est l’océan qui vous touche. L’océan génère de l’oxygène et est à la base des grands systèmes qui nous gardent en vie.» (D’ailleurs, c’est à un charmant microbe sous-marin répondant au nom de Plochlococcus que nous devons un cinquième de l’air que nous respirons!)

Malgré le rôle vital que jouent les océans, les chercheurs estiment que d’ici 2025, la quantité de plastique qui aboutira dans leurs eaux équivaudra à 10 sacs de plastique par pied de côte sur la planète – ou huit millions de tonnes métriques de déchets.

Le tort que nous causons aux écosystèmes océaniques est tel que, comme l’explique Sylvia, «toutes les toxines, les plastiques et autres déchets que nous déversons dans l’océan altèrent non seulement la nature et la chimie de l’océan, mais la nature de la nature elle-même.»

«Nous devons prendre soin de la planète comme si nos vies en dépendaient. Parce que c’est bel et bien le cas.»

 

Oh, humanité…

Selon les scientifiques, nous sommes entrés dans l’anthropocène, une nouvelle ère géologique marquée par l’homme et définie par son impact sur les espèces et le climat de la Terre.

L’activité humaine a entraîné une augmentation des températures et, du même coup, une diminution de la quantité d’oxygène dans nos océans. Les experts affirment que cette situation aurait le potentiel de dévaster des écosystèmes entiers et pourrait rendre certaines parties de l’océan inhabitables.

«Nous devons changer, dit Sylvia. Si nous continuons comme ça, nous ne pourrons pas survivre sur cette planète.»

 

Passez à l’ère de l’action

La bonne nouvelle, selon Sylvia, c’est que nous sommes maintenant plus conscients de notre impact sur les océans du monde, et que nous commençons à développer des technologies qui pourraient offrir de nouvelles solutions aux enjeux actuels.

«Nous avons le privilège de vivre à une époque où le savoir est plus accessible que jamais», dit Sylvia. «Nous pouvons tenir le monde entier à bras-le-corps et voir les conséquences de nos actions.»

«Vous, moi et toutes les autres personnes vivant sur cette planète traversons ce qui est probablement le moment le plus important de l’histoire de l’humanité, ajoute-t-elle. C’est notre dernière chance de choisir les bonnes options et de prendre les bonnes décisions pour connaître un avenir pérenne et durable sur ce petit miracle bleu appelé la Terre.»

Comment? Il faut sortir de chez nous, passer à l’action et faire quelque chose.

«Il y a encore de l’espoir puisque les gens commencent à respecter davantage la nature, à apporter des changements au quotidien. Il faut voir la somme de toutes ces vies individuelles, explique-t-elle. Nous sommes désormais sept milliards de cerveaux plus connectés que jamais.»

 

Pour en savoir plus sur Sylvia Earle

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Sylvia Earle, 81 ans, 7000 heures sous les mers. Découvrez-en un peu plus sur le travail extraordinaire de Sylvia et sur les fondements de sa vocation.

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Le voeu de Sylvia Earle: protéger nos océans. En conférence TED, Sylvia parle de sa croisade pour sauver la planète.

Et une autre petite vidéo pour la route: Sylvia Earle on how she became the first woman to be chief scientist of NOAA. Écoutez Sylvia vous expliquer dans ses propres mots comment elle a défié les préjugés du milieu scientifique.

 

Les Notes de C2 Montréal: Solutions inspirantes pour leaders créatifs

Cet article est tiré de Collisions transformatives: Les Notes de C2 Montréal 2018, un condensé d’idées fortes destiné à tous ceux qui souhaitent mieux comprendre les grandes forces qui gouvernent leur industrie et le monde. Poursuivez votre lecture ici.

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