Yann Turcotte : de la biologie à l’hôtellerie

Équipe éditoriale C2

Un hôtel peut bien avoir des poignées de porte en or, il n’est véritablement luxueux que lorsque ses employés servent les gens avec leur cœur. Voilà le leitmotiv de Yann Turcotte, qui est directeur de l’hébergement du Fairmont Le Reine Elizabeth depuis maintenant 11 ans. 

Responsable du service à la clientèle, de l’hébergement, du centre de mieux-être, de la boutique-hôtel Fairmont Or, ce sont mille chapeaux qu’il se plaît à porter. À seulement 39 ans, Yann partage avec verve sa passion pour l’hôtellerie. Et pourtant, il se destinait à un tout autre domaine au départ.

 

De la science au service à la clientèle

Au cégep, il a opté pour les sciences de la nature, avant d’entreprendre un baccalauréat en biologie à l’Université Laval. Comme l’éducation et la communication l’ont toujours fasciné, il a enchaîné sans attendre avec un diplôme de deuxième cycle en enseignement collégial.

En marge de ses études dans la région de Québec, Yann se cherchait un emploi étudiant. Comme il avait les qualités nécessaires pour travailler en service à la clientèle, il a tout naturellement envoyé son CV dans tous les hôtels de Québec… sauf au Château Frontenac. Impossible, croyait-il, que le mythique hôtel embauche un étudiant sans expérience. Mais après avoir attendu en vain une réponse des autres hôtels, il s’est laissé convaincre d’envoyer son CV au Château. Surprise! Il s’est vu offrir sa première chance en tant qu’agent à la réception!

Aujourd’hui, Yann affirme qu’« il est né au Château Frontenac ». C’est là qu’a éclos sa passion pour l’hôtellerie, et qu’il a découvert les valeurs de Fairmont, jadis propriétaire de la chaîne hôtelière — valeurs qu’il partage entièrement.

Après un an et toujours à temps partiel, Yann s’est vu offrir le rôle de superviseur, puis de directeur adjoint de la réception. Sa cheffe d’équipe voyait en lui les qualités et les compétences pour évoluer dans l’entreprise. Après avoir terminé ses études, sa charge d’enseignement n’étant pas complète dès le départ, il a pu poursuivre ses deux carrières simultanément. Lorsqu’il a hérité d’un poste à temps plein comme enseignant, il a quitté le Château Frontenac pour se consacrer à sa nouvelle carrière d’enseignant en microbiologie et biologie humaine au collégial.

 

Un tournant tragique

Mais après avoir enseigné au cégep de Lévis-Lauzon et de Drummondville, un événement tragique est venu modifier son parcours. Le décès de sa mère l’a poussé à une profonde remise en question. « Fais quelque chose dans la vie qui te passionne pour l’instant, qui est facile. », s’est alors dit Yann, ébranlé par les circonstances. C’est là qu’il a eu une sorte de révélation, et naturellement, il est revenu vers l’hôtellerie. « Pour moi, c’est naturel, ce n’est pas un effort. » Il avait eu un bon début de carrière, il a décidé de reprendre là où il avait commencé et de faire confiance à l’avenir.

À l’époque, il était plus tabou de suivre ses passions ou d’effectuer un changement de carrière. Pour Yann, ce qui était au départ une décision temporaire, le temps de retrouver une motivation, s’est finalement transformé en une réelle vocation. Son parcours atypique fait de lui quelqu’un qui pense différemment, qui apporte une perspective nouvelle, axée sur l’innovation et le questionnement du statu quo. « Je suis analytique, stratégique. Ce sont des forces, des qualités que j’avais de façon innée, qui sont très proches de la science, mais qui aujourd’hui font en sorte que j’apporte des idées novatrices dans mon domaine, qui peut parfois être très conservateur. »

 

Des apprentissages qui restent

Les notions d’enseignement acquises par Yann lui servent encore, lui qui gérait de 350 à 400 employés en 2019. La pénurie de personnel touche tous les domaines, les hôtels de luxe ne sont pas épargnés. Mais Yann sait rassembler ses employés — son « petit village », comme il se plaît à l’appeler — et leur transmettre les valeurs à implanter sur le plancher.

Tout va très vite en hôtellerie. Il faut savoir s’adapter très rapidement à la clientèle et aux marchés. Apporter des changements dans un hôtel de 950 chambres, c’est comme manœuvrer un gros paquebot. Il faut voir l’iceberg avant qu’il se profile à l’horizon.

La pandémie a forcé le milieu à se redéfinir, à se réorienter et surtout, à s’adapter aux changements et aux difficultés. Les impératifs de la clientèle ont aussi changé : c’est la sécurité qui prime.

 Yann Turcotte entrevoit l’avenir de l’hôtellerie en intégrant davantage la technologie, pour améliorer la rapidité du côté transactionnel, et ainsi laisser plus de temps au contact humain. Le client peut ainsi vivre la meilleure expérience possible, oublier ses tracas et se sentir chez lui.
Et à ceux qui rêvent de séjourner dans la mythique suite occupée par John Lennon et Yoko Ono lors de leur bed-in de l’été 1969, sachez que la baisse d’occupation n’a pas altéré sa popularité. « Il n’y a pas de meilleur moment pour réserver la suite, c’est toujours le bon moment. » Lâchez-lui un coup de fil!

 

Pour en découvrir davantage sur le Fairmont Le Reine Elizabeth, écoutez le tout premier épisode de C2 Arrière-Plan, mettant en vedette Baptiste Peupion.

Des questions? Des commentaires? Écrivez-nous à editorial@c2.biz