POUR LES FÊTES, FAITES UN CADEAU À VOTRE CERVEAU. Ce que je lis, pourquoi et comment.

Par JF Bouchard, Chef du conseil et commissaire de C2 Montréal - PDG de Sid Lee

Mes collègues de C2 Montréal m’ont demandé de partager ma liste de lectures récentes, afin de fournir aux membres de la communauté de C2 Montréal de quoi nourrir leur cerveau pendant le temps des fêtes.

Et ça tombe bien, car j’ai justement lu dernièrement.

Beaucoup.

Ils ne savaient pas dans quoi ils s’embarquaient en me lançant sur ce sujet… Car en plus de raconter ce que j’ai lu, j’ai décidé de vous expliquer aussi COMMENT j’ai lu ces ouvrages et POURQUOI.

Comme le dinosaure que je suis parfois, je viens tout juste de découvrir les livres audio. M’inspirant du langage coloré d’Anthony Bourdain, je dis à mes amis (et à de nombreuses autres personnes que je connais à peine) : « J’aime tellement les livres audio, que ça me donne le goût de me toucher. » Je vous recommande grandement d’en faire l’essai – je parle des livres audio, bien sûr – si vous êtes, vous aussi, figé dans votre bonne vieille habitude de décimer les forêts pour apaiser votre soif de connaissance.

Ne vous laissez pas rebuter au début par la sensation étrange d’entendre une voix céleste – qui n’est habituellement même pas celle de l’auteur – qui vous parle. Après un chapitre, vous vous serez habitué. Cette voix deviendra en fait votre meilleure amie. Vous aurez hâte de la retrouver. Et à la fin du livre, vous aurez l’impression de vous faire larguer sans ménagement par l’être aimé. Mais sachez que l’expérience vaut largement ces peines d’amour à répétition.

Ces livres sont faits pour marcher

Et voilà pourquoi je suis maintenant un pseudo-érudit branché et marchant – sans oublier un grave danger sur deux pattes lorsque je déambule dans les rues achalandées –, m’imprégnant de sujets allant de la géo-ingénierie (une version quelque peu Frankenstein de notre relation avec la nature!) à la recherche du sens à la vie dans les camps de concentration de la Seconde Guerre mondiale (très déprimant – mais d’une manière plutôt inspirante finalement). Avec mes écouteurs enfoncés dans les oreilles, j’ai l’impression que les connaissances se déversent par un tuyau – directement dans les profondeurs extrêmes de mon cerveau.

Ce n’est pas anodin si j’écoute principalement mes livres en marchant.

Au risque de sonner comme un vieux crouton, je prétends que la marche est le parent injustement négligé du sport. Sans oublier la petite cousine oubliée du “mindfulness”.

Marcher, c’est bien plus qu’il n’y paraît. Les fanatiques du gym ne manqueront pas de rire de moi (encore), mais la plus banale des activités physiques s’avère également être l’une des plus puissantes. La marche calme l’esprit. Elle permet de ralentir le rythme dans nos vies folles. C’est un bon exercice physique.

Elle nous permet de R-É-F-L-É-C-H-I-R.

Elle raffermit même nos fesses, comme l’affirme la toujours perspicace Paris Hilton. Eh bien, ça fonctionne pour moi. Je marche. Et j’écoute des livres audio en raffermissant mes fesses.

Choisissez vos sujets – au hasard

Comme plusieurs, je crois que la créativité se nourrit de nouvelles expériences et de contacts avec des disciplines qui n’ont rien à voir avec notre profession. Vous êtes un designer? Lisez au sujet des troubles de comportement (ça vous rassurera de savoir que vous n’êtes pas si dysfonctionnel que ça…). Vous êtes une dirigeante d’entreprise? Lisez sur l’histoire de l’art et la gastronomie moléculaire. Et non – lire L’Art de la guerre, ça ne compte pas. C’est malsain. Le monde des affaires, ce n’est pas un champ de bataille – cette métaphore est dépassée depuis longtemps.

Bref, perdez-vous dans des sujets (et des lieux!) qui vous sont étrangers. Tous ceux qui s’intéressent à la créativité s’entendent sur le fait que cultiver la curiosité et la faculté de s’émerveiller nourrit l’imagination et l’innovation.

De la créativité et des contraintes

Dans cet esprit, dernièrement, j’ai eu envie de m’attaquer à un sujet que je trouvais si pénible et complexe, que je devais vite, pour pouvoir continuer à fonctionner, calmer les accès de panique qu’il provoquait chez moi en me réfugiant dans mon train-train quotidien d’inconscience. Chaque jour, nous sommes confrontés à ce problème. Et pourtant, chaque jour, la plupart d’entre nous décident d’attendre pour voir ce que demain apportera. Nous choisissons de présumer qu’« ils » vont trouver une solution.

Vous avez deviné : l’environnement.

Pour les gens du monde des affaires et de la créativité, les principes de développement durable deviennent rapidement une série de contraintes complexes. Alors, pourquoi aborder ce sujet, si je parle ici des moyens de stimuler la créativité? Quel est le but de plonger profondément dans le monde des sciences de l’environnement? De l’énergie? De l’agriculture? De la justice climatique?

La réponse est double.

Primo : Les créatifs ont le devoir de comprendre les enjeux de notre époque, car leur esprit innovateur peut contribuer à trouver de meilleures façons de faire les choses, sur les plans fondamental et appliqué.

Secundo : Le fait d’accepter les enjeux environnementaux comme des contraintes inévitables dans TOUT ce que nous faisons peut en fait générer de nouvelles idées et solutions qui auront des répercussions positives à tous les niveaux : commercial, social et environnemental. Les contraintes nous forcent à penser différemment, et la capacité de penser différemment constitue la force la plus puissante se trouvant en chacun de nous.

Dans cette optique, j’espère que les livres suivants vous plairont autant qu’ils m’ont plu. Leur lecture contribuera peut-être aussi à mettre en perspective l’accord COP21 sur les changements climatiques et les défis gigantesques que représente la nécessité de joindre le geste à la parole.

Allez, branchez-vous et bonne écoute.

 

The Age of Sustainable Development

Jeffrey D. Sachs

Si le développement durable était une religion, le professeur de l’Université Columbia Jeffrey Sachs serait le pape Jeffrey 1er.

Grâce à son ouvrage, j’ai finalement compris pourquoi le progrès social et les solutions environnementales étaient inextricablement liés, comme deux jumeaux siamois. Une lecture incontournable pour comprendre les défis mondiaux auxquels l’humanité doit faire face et, plus précisément, les 17 objectifs adoptés par l’ONU et leur mise en contexte.

 

L’énergie durable – pas que du vent! (version française de Sustainable Energy – Without the Hot Air)

David JC Mackay

L’accord sur le climat COP21 a été présenté comme la victoire des énergies renouvelables sur les combustibles fossiles. Mais un instant… Pouvons-nous RÉELLEMENT remplacer notre consommation actuelle d’énergie fossile par des sources d’énergie propre? L’auteur tente d’établir un plan applicable (“a plan that adds up” dans ses mots), en additionnant toutes les formes d’énergie renouvelable de manière à accumuler assez d’énergie pour répondre à nos besoins actuels. La bonne nouvelle : c’est faisable (en supposant que nous réduisions également de manière importante nos besoins). La mauvaise nouvelle : cette transition exige un effort TITANESQUE, plus important que tout projet jamais entrepris par la race humaine. Des centaines de kilomètres de génératrices d’énergie marine, des éoliennes couvrant jusqu’à 10 % du territoire des pays, des panneaux d’énergie solaire sur chaque maison, une nouvelle isolation pour tous les bâtiments… Et même un parc solaire de 360,000 km2 dans le désert du Sahara pour contribuer à répondre aux besoins énergétiques de l’Europe (ainsi que l’équivalent aux États-Unis). Et ce n’est que quelques exemples des choses qu’il faudra faire. Nous parlons ici de milliers de milliards de dollars pour réaliser ce projet à l’échelle de la planète.

Bien que ce livre date de quelques années, il est toujours aussi pertinent pour comprendre vraiment comment les énergies renouvelables peuvent s’additionner les unes aux autres, pour passer d’une source auxiliaire à notre unique source d’énergie. Si vous croyez que la fusion nucléaire viendra tel un deus ex machina sauver la planète à la toute dernière minute, ce livre n’est pas pour vous. Par contre, si vous désirez comprendre les réalités entourant la mise en œuvre des technologies requises au XXIe siècle, vous trouverez dans cet ouvrage des renseignements inestimables.

Vous pouvez télécharger gratuitement ce livre, dans la langue de votre choix, au www.withouthotair.com. Non offert en version audio; probablement parce qu’il contient des tonnes de tableaux.

 

Conscious Capitalism: Liberating the Heroic Spirit of Business

John Mackey                                       

PDG de Wholefoods et conférencier à l’édition 2013 de C2 Montréal, John Mackey propose de manière convaincante dans ce livre une nouvelle forme de capitalisme basé sur la priorisation du long terme et sur un plus grand respect de tous (employés, collectivités, environnement), et non seulement des actionnaires. Des exemples fascinants, comme ceux des entreprises Wholefoods, Patagonia et Container Store, sont expliqués dans l’ouvrage pour illustrer qu’il est possible de se préoccuper de ses résultats financiers, sans pour autant sombrer dans l’exploitation cupide de la planète. Inspirant.

 

Tout peut changer – Capitalisme et changement climatique (version française de This Changes Everything)

Naomi Klein

Dans son ouvrage le plus récent, incendiaire, mais bien documenté, Naomi Klein décoche un direct en plein dans la gueule du capitalisme. Comme le capitalisme est non seulement la pierre angulaire du commerce, mais également le sol fertile sur lequel son édifice a été construit, il est plutôt douloureux de la voir en démolir les fondements avec brio. Comme de nombreux autres, elle avance que l’obsession du capitalisme pour la croissance à tout prix en fait l’ennemi du développement humain. Pour être juste, elle semble plus préoccupée par le néocapitalisme et ses dogmes de déréglementation et de mondialisation. Son argument central : régler des problèmes environnementaux nécessite inévitablement la création d’une société plus équitable et plus socialement responsable.

J’ai été frappé par son analyse pénétrante et plus particulièrement par ses descriptions bien documentées des comportements pitoyables des pétrolières – tout simplement effroyables dans un monde moderne. Une lecture qui vous jette par terre. Cet ouvrage m’a amené à réfléchir différemment au sujet du capitalisme et de la nécessité de le guider (et de le réglementer) dans la bonne direction… La « main invisible » d’Adam Smith pige tout simplement dans trop de poches : populations défavorisées, approche « extractionniste » de la nature, etc. L’ascension rapide de l’élite des ultra-riches se nourrit de ces excès…

Je n’ai pas déménagé dans une commune encore, mais j’ai demandé à mon courtier de vendre toutes mes actions de compagnies pétrolières…

 

The Achievement Habit

Bernard Roth

Bien que ce ne soit pas habituellement le fort des universitaires, Bernard Roth, professeur réputé de l’Université de Stanford, partage dans cet ouvrage plus de 50 ans d’expérience à aider les gens à passer de la théorie… à la pratique pure et dure.

Au fil des ans, il a développé une compréhension aiguë des obstacles – la plupart, imaginés – qui freinent les gens dans l’atteinte de leurs buts. La couverture laisse croire, à tort, à une sorte d’approche de croissance personnelle. En fait, l’auteur met en application les principes du « design thinking » pour nous inciter à travailler sur nous-mêmes, en nous servant des étapes de la découverte, de la conception, du prototypage et de l’exécution.

J’aime croire que je suis quelqu’un de plutôt doué pour que les choses se fassent. Pourtant, je peux vous assurer que son livre m’a ouvert les yeux sur de nombreux points.

Mais quel est le rapport avec la liste de lecture précédente portant sur l’environnement?

C’est simple.

C’est le temps pour vous, et pour moi et pour tout le monde, de nous relever les manches et d’atteindre des buts plus ambitieux pour changer nos comportements et agir sur les objectifs audacieux de COP21. « Ils » vont s’en occuper?  Qui, ça, ils? Les gouvernements… Mais attendez – c’est nous, ça! NOUS sommes les responsables. Remplacer nos ampoules, c’est cool, tout comme avoir 50 sacs pour faire nos achats (que nous oublions à la maison la moitié du temps), mais les défis auxquels nous faisons face, de manière individuelle et collective, exigent que nous en fassions beaucoup plus. Alors, créons chacun notre plan personnel et ensuite – mettons-le à exécution.