5 mythes sur l’IA déconstruits par Grady Booch, scientifique en chef chez IBM

Équipe éditoriale C2
De nos jours, le thème de l’intelligence artificielle (IA) est omniprésent dans notre culture. Qu’on pense à nos oeuvres de science-fiction préférées ou aux tweets grandiloquents d’entrepreneurs vedettes des technologies, peut-on être surpris d’avoir peine à distinguer la réalité de la fiction en matière d’IA?

C’est pourquoi nous avons fait appel à Grady Booch (scientifique en chef, Génie logiciel, chez IBM Research) afin de déboulonner cinq grands mythes entourant l’intelligence artificielle qui sont profondément ancrés dans notre conscience collective. De plus, Booch expliquera pourquoi il est si important d’acquérir une meilleure compréhension des possibilités et des limites de l’IA.

«Nous aimons les mythes, parce que nous aimerions qu’ils soient vrais», affirme Grady Booch, scientifique en chef, Génie logiciel, chez IBM Research. «Ils sont simples et ils nous offrent la promesse d’un miracle, tandis que la réalité est pas mal plus compliquée! Les mythes, un peu comme les films Avenger, représentent un moyen d’échapper à notre réalité. Bien que les mythes nous donnent l’occasion d’explorer l’univers des possibles, c’est à nous qu’il revient de concrétiser ces possibilités.»

Les champs de la science et de la technologie ne sont pas immunisés contre le discours de la postvérité qui nous envahit aujourd’hui, et c’est particulièrement vrai en ce qui concerne l’IA.

«Il est important de déboulonner les mythes entourant l’IA, explique-t-il. Je crois qu’il est juste de dire qu’une incompréhension fondamentale de ce qu’est l’IA et de ce qu’elle peut faire amènera les gens à prendre de mauvaises décisions.»

Sans plus tarder, voici donc cinq idées reçues au sujet de l’IA, à déconstruire rapidement.

 

Mythe 1: Tout est de l’IA

«Beaucoup d’entreprises vont promouvoir des choses comme étant de l’IA, alors qu’elles n’en sont pas vraiment, ce qui contribue à surévaluer ce que l’IA peut et ne peut pas faire,» affirme le scientifique. «Cela peut avoir pour effet d’entretenir de fausses attentes face à l’IA, ce qui peut nous faire rater de véritables opportunités.»

Nous changeons continuellement les règles du jeu pour l’IA. Dans les années 1940, nous étions remplis d’admiration devant les robots dansants de Walter Grey, parce qu’ils démontraient un comportement complexe. Mais nous avons ensuite changé les règles une fois de plus et sommes entrés dans l’ère du génie cognitif, où des règles sont créées pour imiter le processus de pensée d’un expert humain. Aujourd’hui, nous sommes passés aux réseaux neuronaux et à l’apprentissage profond.

«Une véritable IA, telle que nous avons défini les règles aujourd’hui, est un système qui raisonne et un système qui apprend. Si votre système ne fait qu’une de ces choses, dans ce cas vous n’avez pas une IA.»

«À notre époque, nous construisons vraiment des systèmes qui reposent moins sur les statistiques, et plus sur l’apprentissage profond. Ce qui me permet vraiment de déterminer ce qu’une IA est et ce qu’elle n’est pas, c’est qu’une véritable IA, telle que nous avons défini les règles aujourd’hui, est un système qui raisonne et un système qui apprend. Si votre système ne fait qu’une de ces choses, dans ce cas vous n’avez pas une IA. »

«Beaucoup de systèmes raisonnent, mais n’apprennent pas. Nombre d’entre eux sont basés sur des statistiques. Nous leur enseignons (en quelque sorte) et puis c’est fini. Nous ne pouvons pas considérer ces systèmes comme étant une IA, car il n’y a pas de changement de comportement avec le temps.»

 

Mythe 2: Plus il y a de données, mieux c’est

Le mythe selon lequel l’IA consiste à exploiter un tas de données pour la nourrir ne tient pas la route, selon Grady Booch.

«La chose la plus facile qu’une personne puisse faire est de dire “Oh, recueillons simplement toute l’information possible au sujet de tous nos clients, et nous allons trier ça à la fin.”» met-il en garde. «C’est dangereux, parce que souvent, vous allez vous retrouver à recueillir des données qui ne sont pas pertinentes, qui créent du bruit et qui sont potentiellement illégales.»

«Il y a un danger d’agir de manière cavalière à propos de la collecte de données, parce que si l’on recueille les mauvaises informations, on empire notre problème. L’IA ne peut pas simplement digérer n’importe quel type d’information; il faut travailler avec une intention précise.»

«Ainsi, à moins que vous disposiez d’ensembles de données pertinents qui peuvent permettre à votre IA d’apprendre et de systèmes de travail qu’elle peut améliorer, il est peu probable que l’IA créera des opportunités complètement nouvelles pour vous.»

 

Mythe 3: L’IA est simple et peu coûteuse

«Ce n’est pas bon marché de construire ce genre de choses! Il y a des coûts matériels et humains qui y sont associés. Par exemple GPT-3, un moteur de traitement automatique du langage naturel par Deep Mind coûte autour de 12 millions à former.»

«La réalité, c’est que l’IA nécessite une création et un déploiement nuancés. Des efforts réels d’amélioration sont actuellement déployés. Par exemple, IBM conceptualise et offre ses outils et services afin de permettre à des entreprises avec moins de familiarité avec l’IA de les implémenter à travers leur organisation.»

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Watson, c’est l’IA pour les entreprises. Les applications, outils et moteurs d’exécution préconçus et prêts pour les entreprises d’IBM sont conçus pour réduire les coûts et les obstacles à l’adoption de l’IA, tout en maximisant les résultats et l’utilisation responsable de l’IA.

 

Mythe 4: L’IA est objective

«Les IA sont très subjectives parce que nous, les humains qui les créons, sommes subjectifs de différentes façons subtiles et pernicieuses,» explique Booch.

«Cela dit, je suis optimiste! Récemment, il y a eu des efforts réels pour rendre cette technologie plus juste et digne de confiance. Chez IBM par exemple, on entretient depuis des années un dialogue à l’échelle internationale à propos de l’IA éthique. Et on met ces principes en pratique à travers toutes nos opérations: dans notre recherche, nos technologies, nos politiques publiques, ainsi que nos partenariats.»

 

Mythe 5: L’IA va conquérir le monde

«Tout cela remonte au roman classique Superintelligence de ce gentleman d’Oxford [Nick Bostrom],» explique Grady Booch. «Ce livre est pertinent, parce c’est le livre auquel Elon [Musk], Stephen Hawking et Bill Gates ont tous fait référence. Une superintelligence exigerait une super incarnation. Elle devrait littéralement être entièrement incarnée dans le monde, toucher à tout, pour présenter un risque existentiel.»

«Ce genre de discours, c’est de la pure fantaisie! L’IA est encore dans son enfance, tout comme notre compréhension des façons de créer des systèmes avec une raison et de réelles connaissances.»

 

À retenir

Bien que les mythes peuvent nous distraire des opportunités, ils ne sont pas entièrement mauvais!

Les mythes nous forcent à affronter la réalité,» conclut Booch. «Essentiellement, l’informatique est dans l’intérêt du bien humain. Et donc, le progrès de l’IA est à la fois une responsabilité et une occasion de faire le bien.»

 

Grady Booch est scientifique en chef, Génie logiciel, chez IBM Research, où il dirige la recherche et le développement portant sur la cognition incarnée. Ayant inventé le terme et la pratique du design orienté objet, il est surtout connu pour ses travaux qui ont fait progresser les domaines du génie logiciel et de l’architecture logicielle. Il travaille présentement à la création d’un documentaire transmédia destiné au grand public portant sur l’intersection entre l’informatique et l’expérience humaine.

 

Envie d’en savoir plus au sujet des mythes et des réalités de l’IA?

Ne ratez pas la conversation avec Grady Booch le 24 mars prochain à l’occasion de Journey to AI, un événement d’un jour présenté par C2 et IBM.

 

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