Agriculture et pandémie: le micro fermier Jean-Martin Fortier parle de l’avenir de l’alimentation

Équipe éditoriale C2
C2 Conversations – Live Idée à emporter Société et environnement une conversation avec Jean-Martin Fortier

Une chose est sûre, cette pandémie nous donne matière à ruminer.

Nombreux sont ceux qui se sont (re)mis à la popote et qui bichonnent plantes et semis depuis le début du confinement. Les détaillants ont vu une très forte augmentation de la demande de produits locaux et d’équipement de jardinage. Le monde a, du jour au lendemain, commencé à jouer à des jeux de simulation d’agriculture en ligne. Il en va de même pour les nouvelles tendances de production artisanale et de «fait maison»; le levain a soudain la cote et ce n’est que le début!

De plus, la pandémie – avec la fermeture des frontières, des marchés et le ralentissement des chaînes d’approvisionnement – a mis en lumière les risques inhérents du capitalisme, de la mondialisation et de l’excès. Les problèmes d’éthique du travail concernant les travailleurs saisonniers de l’agriculture, les usines de traitement et d’emballage de la viande et la COVID-19 font maintenant les manchettes. Et nous avons été témoins de gaspillage incroyable de nourriture lorsque l’agriculture industrielle a subi les effets néfastes de la pandémie; des dizaines de milliers de cochons et de volailles ont dû être euthanasiés et les producteurs ont eu à jeter du lait et laisser pourrir des denrées non récoltées.

Pour remédier à cette problématique et imaginer les méthodes du futur, la chroniqueuse Marie-Claude Lortie se joint au fermier vedette Jean-Martin Fortier, le temps d’une Conversation C2 pour parler de souveraineté alimentaire, du mouvement de consommation locale et de production alimentaire après la pandémie. Voici de quoi ils ont discuté…

 

L’inversion de l’économie industrielle

«C’est clair qu’on est en train de vivre un moment important dans notre agriculture au Québec, raconte Jean-Martin, qui exploite la Ferme des Quatre-Temps dans le sud du Québec. Lorsque les gens désirent manger et boire des produits locaux, leur région gagne en profitabilité et en résilience, même en période de crise.

C’est une autre façon de concevoir la société et on peut en faire une de nos valeurs fondamentales, ajoute-t-il. C’est l’art de bien vivre… manger des aliments en saison, le plus local possible et [dire] moi je suis down dans l’agriculture de ma région.»

La mise en œuvre d’un modèle économique inversé fonctionne; tenter de réaliser des économies d’échelle et de volume en privilégiant les ventes directes, sans avoir recours à des intermédiaires, et de, selon Jean-Martin, «maintenir des coûts de production aussi bas que possible pour tirer la meilleure marge de profit sur chacun des produits, ça marche.»

Les micro fermes peuvent non seulement être profitables, mais aussi très productives en conservant des productions à petite échelle avec du commerce interentreprises (B2B) et la production d’aliments de grande qualité. Parmi les avantages, il souligne des coûts de production faibles, une démarche zéro déchet et une relation directe avec les consommateurs.

«En matière de marketing, il n’y a rien de mieux qu’un vrai fermier qui vient te parler de ses produits avec les mains sales. La possibilité pour les petits fermiers, les boulangers et les artisans d’établir une connexion véritable avec les clients est un bénéfice substantiel, une approche marketing que les grands producteurs industriels ne peuvent mettre à profit.»

Jean-Martin est un entrepreneur, un auteur et un enseignant; il a développé un modèle de micro agriculture qui est maintenant utilisé partout dans le monde. Ce modèle propose (et prouve) que l’agriculture résiliente à petite échelle est une méthode qui permet de changer le système.

La force du nombre, c'est le seul poids qu'on a pour combattre les géants. Il faut être plus nombreux et avoir plus de coeur! – Jean-Martin Fortier

«On peut utiliser l’agriculture pour développer un territoire, créer de l’emploi et jeter les fondements d’une société meilleure qui se rapproche de ses valeurs et de son mode de fonctionnement», opine Marie-Claude, qui s’interroge à savoir quelles industries et économies vont perdre le moins de plumes pendant et après la pandémie.

Et elle ajoute qu’en prenant la décision de se nourrir nous-mêmes, nous ouvrons la voie à de nouvelles méthodes.

On choisit des petites entreprises. «Notre richesse collective, nous dit Jean-Martin, tient au fait que le Québec est la patrie de très nombreux artisans producteurs de fromages, de pains, de légumes, de bières et de vins. Le concept de terroir est réellement précieux.»

On devient micro fermier… Saviez-vous que Jean-Martin a créé un cours d’agriculture en ligne qui est offert dans 160 pays et qui compte plus de 2000 étudiants? Apprenez-en davantage ici. Vous pouvez également lire son livre, Le jardinier-maraîcher: Manuel d’agriculture biologique sur petite surface.

…ou bien on adopte le look. La plus récente entreprise de Jean-Martin est une collection de vêtement de ferme, Growers & Co. Elle sera lancée sous peu.

 

Aménagez un jardin

«Faites-vous un jardin avec de la terre et des jardinières. C’est facile, simple et vraiment plaisant», nous dit Jean-Martin. «Vous n’avez qu’à vous lancer», nous encourage Marie-Claude. Selon elle, «le jardinage deviendra peut-être le yoga des années 2020».

Jean-Martin suggère que les jardiniers néophytes consultent L’académie potagère, un cours en ligne, ou L’Avenir est dans le champ, le livre qu’il a co-écrit avec Marie-Claude.

L'avenir est dans le champ, Jean-Martin Fortier et Marie-Claude Lortie

 

On récolte ce qu’on sème

«L’agriculture est [une carrière] cool, extraordinaire», nous dit Jean-Martin, en blaguant que le monde n’a pas besoin de plus d’avocats. «Nous faisons partie du monde des affaires, nous sommes créatifs, nous faisons du bien, nous mangeons bien, nous créons de l’emploi… Et voilà la question que tout le monde se pose: qu’est-ce que le futur nous réserve

«Que ce soit ce que nous mangeons, notre travail ou comment nous prenons soin des aînés dans les résidences… Nous faisons preuve de créativité; c’est pour bien vivre et bien vieillir, et ces questions devraient toujours être au cœur de l’évolution de la société.»

 

Écoutez la Conversation complète de Jean-Martin Fortier

 

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