L’art d’anticiper le prochain virage selon Jim Coulter de TPG

Équipe C2

Jim Coulter ne croit pas à la théorie de l’évolution de Darwin – du moins en ce qui concerne l’économie.

Au cours des 25 dernières années, le co-PDG et associé fondateur de TPG – qui détient environ 85 milliards de dollars en capital-investissement et dirige des investissements dans plus de 200 entreprises – a été aux premières loges de l’évolution du commerce.

«Je suis allé à l’école de commerce à l’époque où l’on nous parlait d’amélioration continue, raconte Jim, mais ce n’est pas tout à fait ça que j’ai connu en affaires par la suite.»

Le vétéran de la finance adhère plutôt à la théorie des équilibres ponctués. Ce principe suggère que le monde n’évolue pas de manière graduelle, mais traverse des phases de stabilité, suivies de phases de changement et de mutation rapides, avant de se stabiliser à nouveau.

 

Illustration: Lauren Tamaki

 

On pourrait par exemple citer la phalène du bouleau, qui est devenue noire en l’espace de seulement 70 ans, pour se fondre dans la pollution atmosphérique pendant la révolution industrielle. Ou la disparition rapide du cheval et de la calèche, quand l’avènement du moteur à combustion a donné le coup d’envoi à l’empire automobile à Detroit, au Michigan.

«L’industrie automobile s’apprête à entrer dans une autre phase d’équilibre ponctué, prédit Jim. Et nous sommes sur le point d’ouvrir une boîte de Pandore.»

L’intérêt de comprendre l’équilibre ponctué, surtout en ce qui concerne l’évolution économique, c’est que nous pouvons nous entraîner à voir venir la suite – puis à capitaliser ce savoir.

«Reconnaître les changements sociétaux en cours implique une certaine façon de penser. Le secret pour ne pas perdre le fil est de toujours regarder droit devant.»

 

 

Jim Coulter propose quatre exemples d’«équilibres ponctués» qui illustrent comment tirer parti de ces périodes de changement difficiles pour ouvrir de nouvelles perspectives commerciales. La clé: faire preuve de créativité.

 

Des objets à l’expérience

Il y a huit ans, TPG a observé que la somme d’argent que les gens dépensaient pour se procurer des objets avait considérablement chuté. Conclusion: les gens préféraient désormais investir dans des expériences plutôt que dans des biens matériels. «Alors qu’est-ce qu’on a fait? On a mis ça sur le dos des milléniaux.» Et si les milléniaux étaient simplement des «adopteurs précoces»? Des événements comme Oldchella, Drunk Shakespeare et Sleep No More ont démontré que la propension à vouloir enrichir son capital expérientiel n’avait rien à voir avec l’âge.

 

De la vidéo aux contenus courts et viraux générés par les utilisateurs

Il est clair que nous ne consommons plus le contenu vidéo de la même façon qu’avant. Le changement le plus remarquable? «Ce n’est pas le fait qu’on visionne des épisodes en rafale, explique Jim. Ça, ça revient à regarder la télé, point. C’est comme quand vous lisez: vous n’attendez pas que quelqu’un vous envoie le prochain chapitre par courriel.» Non, le tournant le plus marquant, c’est que nous sommes passés des séries télé aux vidéos de courte durée. Pourquoi pensez-vous que la vidéo de quatre minutes Chewbacca Mom a plus de vues que le Superbowl? Ou que la programmation de Blackpills (qui se décrit comme «la nouvelle télé») privilégie les contenus d’une durée de quatre à sept minutes?

 

Des centres commerciaux abandonnés aux bassins à carpes koïs

«Si vous êtes propriétaire d’un centre commercial, vous passez sans doute un mauvais quart d’heure», dit Jim, précisant qu’il y a aussi «toutes sortes de façons de revaloriser 500 millions de pieds carrés d’espace pour transformer les centres commerciaux en centres expérientiels.» Après avoir été négligé pendant des années, un centre commercial de Bangkok est devenu un gigantesque aquarium urbain. Aujourd’hui, les carpes koïs qu’il abrite attirent plus de visiteurs que le centre commercial n’en a jamais accueilli.

 

De l’éducation à l’apprentissage adaptatif

«Ça me met hors de moi de penser que c’est en éducation – l’un des secteurs les plus importants – que l’évolution des logiciels laisse le plus à désirer», affirme Jim. L’industrialisation de l’éducation a donné lieu à un système de «chaîne de montage» qui a démocratisé l’accès à l’éducation. «Mais nous savons tous que le concept des maths de sixième année est absurde, dit Jim. Tous les élèves de sixième année ne sont pas prêts à apprendre la même chose en même temps.

 

«Les choses bougent plus vite, et c’est une occasion formidable de travailler à résoudre de grands problèmes tous ensemble.»

«Je vous défie de mettre la main à la pâte. Assurez-vous simplement de ne pas faire comme la phalène du bouleau et de vous perdre en cours de route.»

 

Regardez la conférence de Jim Coulter à C2 Montréal

 

 

Bientôt sur votre table de chevet (ou votre tablette): Les Notes 2018

Cet article est tiré du volume 4 des Notes de C2 Montréal, Collisions transformatives, à venir cet automne à c2m.tl/minutes2018.

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