Chapitre 2: Le pouvoir de la pleine conscience

Par Laura Beeston
Chapitre 2: Le pouvoir de la pleine conscience

Au-delà des frontières est une série d’articles inspirés du thème de C2 Montréal 2020, qui s’intéressera aux personnes et aux organisations qui repoussent les limites et embrassent le changement dans leur industrie.

 

L’avantage concurrentiel et créatif de la méditation en affaires

Prenez une grande inspiration et visualisez une mine d’or: l’industrie du mieux-être génère plus d’un milliard de dollars par année.

La méditation – qui consiste à mettre le mental en veille pour concentrer toute notre attention sur le moment présent et sur notre respiration – a été documentée pour la première fois vers 5 000 av. J.-C., et continue de faire des adeptes. À en croire le statut de quasi-culte qu’a acquis cette pratique aujourd’hui, nombreux sont ceux qui cherchent le bouton «pause» dans notre société à bout de souffle.

Selon les initiés, la méditation pleine conscience (MPC) comporterait par ailleurs son lot d’avantages pour les leaders d’affaires créatifs. À plus d’un égard, porter une plus grande attention à nos expériences et à nos pensées pourrait ainsi rapporter gros. Très gros.

 

Pleine conscience appliquée

Les milliardaires et les multinationales ont de bonnes raisons d’ouvrir grand la porte aux formations et aux programmes de pleine conscience. C’est qu’avoir l’esprit clair est un facteur de performance décisif.

Une étude publiée en 2013 par l’Association for Psychological Science a établi que la MPC améliore la rétention de la mémoire et les performances. Après avoir suivi une formation de deux semaines seulement, les participants ont moins souvent eu tendance à voir leur esprit vagabonder, et ont obtenu de meilleurs scores sur le plan de la compréhension de la lecture et des performances cognitives globales.

Une autre étude réalisée par l’Université de Miami en 2019 a conclu que les membres des forces spéciales d’élite américaines ayant suivi une formation de pleine conscience démontraient des capacités cognitives accrues.

Enfin, une étude de 2016 a suggéré qu’au moins 10 minutes de «pratique soutenue et quotidienne de pleine conscience sur une période prolongée entraînait une amélioration de trois aptitudes clés pour les leaders du 21e siècle, soit la résilience, la capacité de collaborer et l’aptitude à diriger dans des conditions complexes.»

En étudiant cet échantillon, l’auteur Michael Chaskalson et Megan Reitz, professeure à la Hult International Business School, ont découvert trois «méta-capacités» positives développées par les leaders ayant suivi une formation en pleine conscience:

  1. Métacognition: La capacité d’observer ce que vous pensez et ressentez en situation de stress afin percevoir vos pensées, sentiments, sensations et impulsions avec un certain détachement, sans vous laisser envahir par ceux-ci.
  2. Lâcher-prise: La capacité d’accepter les choses telles qu’elles sont et de faire preuve d’ouverture et d’indulgence  envers soi-même et les autres.
  3. Curiosité: La faculté de s’intéresser à ce qui se passe dans notre monde intérieur et extérieur.

Dans un monde où le bruit et le mouvement constants s’arrachent chaque parcelle de notre attention, arriver à s’arrêter pour accorder celle-ci de façon plus sélective est un atout inestimable sur le plan personnel comme professionnel. Sans compter qu’on y gagne aussi au chapitre des capacités cognitives et du quotient émotionnel.

 

 

Voir clair dans l’œil de l’ouragan

L’investisseur milliardaire Ray Dalio, fondateur, coprésident et co-directeur des investissements de Bridgewater Associates, estime que la méditation est «la raison première» de son succès. «Elle me permet de ralentir la cadence pour arriver à garder mon calme même en plein chaos, un peu comme un ninja dans un combat de rue», écrit-il dans son livre Principles.

Savoir garder la tête froide et gérer son stress dans des moments décisifs est une superpuissance que n’importe quel leader aurait avantage à cultiver. En outre, il a été démontré que la MPC renforce notre résilience en nous aidant à mieux réguler nos émotions et à rebondir face aux déceptions et aux obstacles dont est truffé le monde des affaires.

Selon Mirabai Bush, une consultante en pleine conscience qui a fondé le Center for Contemplative Mind in Society et contribué à intégrer cette pratique chez Google, les leaders voient désormais la MPC comme un outil précieux permettant de trouver des solutions créatives à leurs problèmes d’affaires.

Au cours de sa carrière, Mirabai Bush a observé de près comment le fait de cultiver un esprit ouvert, clair et intuitif participait au succès des entreprises.

«La pleine conscience fait de vous un employé plus efficace et un humain plus heureux» , déclare Mme Bush. «Tout le monde en ressort gagnant.»

On attribue également à la méditation et à la pratique de la pleine conscience le mérite de stimuler la compassion, l’intelligence émotionnelle et l’altruisme. Elles nous aideraient à nous affranchir de l’emprise de l’ego, à adopter une attitude plus positive, à garder les deux pieds sur terre et à nous sentir plus connectés au monde qui nous entoure.

À première vue, les chefs d’entreprise pourraient être tentés de balayer cette idée du revers de la main, mais «la compassion constitue un avantage stratégique», affirme Scott Shute. Directeur de la pleine conscience de LinkedIn, Shute a pris la barre de leurs programmes de pleine conscience et de compassion après avoir dirigé les opérations clients mondiales pendant sept ans. «[C’est plus] qu’une simple question de bien-être.»

Shute soutient que la compassion est nécessaire pour créer un environnement favorisant la sécurité psychologique (facteur numéro un dans la création d’équipes performantes selon Google). Dès lors, la compassion crée «une culture d’engagement dans laquelle les employés donnent le meilleur d’eux-mêmes», affirme-t-il.

Mais les bienfaits de la pleine conscience ne sont pas réservés aux gros bonnets de ce monde.

Au cours des cinq dernières années, ce phénomène est devenu viral. On trouve désormais une pléthore d’applications de méditation, de respiration et de pleine conscience destinées au grand public sur le marché numérique.

Parlez-en à Andy Puddicombe, conférencier de C2 Montréal 2020, expert en méditation, moine reconverti en magnat de la techno et cofondateur de Headspace. Téléchargée plus de 62 millions de fois à ce jour dans le monde entier, cette application de pleine conscience propose plus de 1 000 heures d’exercices de pleine conscience, et ses revenus annuels dépasseraient les 100 millions de dollars américains.

«Je pense qu’il y a eu un tournant culturel dans notre façon d’aborder la santé mentale, et ça vaut tout autant pour les grandes organisations que pour nous en tant qu’individus», a déclaré Andy en entrevue avec C2. «Les employeurs reconnaissent qu’ils ont une responsabilité: si on demande aux gens de venir travailler pour nous, il est de notre devoir de nous assurer qu’ils sont aussi sains et heureux que possible sur leur lieu de travail.»

À VOIR: Andy Puddicombe guide Jimmy Fallon à travers une séance de méditation Headspace

 

 

La santé mentale est d’or

Une autre raison qui pourrait expliquer le retour en force de la pleine conscience est notre volonté croissante de prendre soin de notre santé mentale.

En mai 2019, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a officiellement classé l’épuisement professionnel comme une condition médicale. Préoccupation majeure pour les RH, le burnout a été décrit comme «l’un des problèmes de santé mentale les plus répandus dans la société à l’heure actuelle.»

Selon l’OMS, les problèmes de santé mentale contribuent à une perte de productivité estimée à 1 trilliard de dollars américains par an dans l’économie mondiale.

Plus près de chez nous, la Commission de la santé mentale du Canada (CSMC) a mené une étude qui a révélé que le coût des problèmes de santé mentale s’élevait à au moins 50 milliards de dollars canadiens en 2011, ce qui représente 2,8% du produit intérieur brut. Au cours des 30 prochaines années, l’étude prévoit que le coût total atteindra plus de 2,5 billions de dollars.

En revanche, la MPC est de plus en plus considérée comme une méthode préventive permettant à la fois de gérer et de limiter le stress – qu’on associe à toute une série de problèmes de santé allant bien au-delà de l’épuisement professionnel, dont l’anxiété, la toxicomanie, l’hypertension artérielle, les problèmes cardiaques, l’obésité et l’insomnie (pour n’en citer que quelques-uns).

L’OMS a constaté que dans les lieux de travail promouvant la santé mentale, on observe «une réduction de l’absentéisme, une augmentation de la productivité ainsi que des gains économiques dérivés». Des chercheurs de l’université Johns Hopkins de Baltimore ont, quant à eux, mené 19 000 études sur la méditation et ont découvert que la MPC aiderait à soulager les tensions psychologiques comme l’anxiété, la dépression et la douleur.

Comme l’a également rapporté la Faculté de médecine de Harvard, les programmes de réduction du stress basés sur la pleine conscience peuvent atténuer les symptômes chez les personnes présentant un trouble d’anxiété généralisée, une condition [se manifestant notamment] par des inquiétudes excessives et difficiles à contrôler, des troubles du sommeil et de l’irritabilité.»

Selon Puddicombe, l’équipe de Headspace Health compte actuellement plus de 70 essais cliniques à son actif et plus de 25 études révisées par des pairs. Certaines ont démontré que l’agressivité et la réactivité des utilisateurs avaient diminué de 57% et que leurs comportements compassionnels avaient progressé de 23%, trois semaines seulement après qu’ils aient commencé à utiliser l’application.

«En 10 jours à peine, Headspace a entraîné une diminution des émotions négatives de l’ordre de 28%», souligne M. Puddicombe.

«Et cela s’ajoute à tout ce que l’on sait déjà; c’est-à-dire que la méditation nous permet non seulement d’être moins stressés, mais aussi de réfléchir plus clairement et d’être plus calmes, plus compatissants et plus sereins en général. On peut se réjouir de voir que la science est en train de rattraper des milliers d’années de tradition et de R&D dans le domaine de la méditation.»

En outre, des études récentes suggèrent que la méditation contribue à avoir un esprit sain dans un corps sain. Une étude a démontré que la pleine conscience aidait à soulager les acouphènes. Une autre a révélé que la pleine conscience pouvait réduire la douleur chronique de 57%. Les cliniques antidouleur des hôpitaux ont même commencé à prescrire des exercices de pleine conscience à leurs patients.

La «prochaine grande idée», selon Puddicombe? Intégrer activement la méditation aux soins de santé. «Nous sommes en train de développer la première application de méditation sur ordonnance au monde, soutenue par le corps médical et les principales compagnies d’assurance maladie. C’est la prochaine frontière que nous comptons abattre.»

 

 

Décuplez votre quotient créatif

Au-delà des bienfaits de la pleine conscience sur la santé mentale et physique, les partisans affirment qu’un esprit «relax» est un terreau fertile pour l’imagination, l’inventivité et la clairvoyance.

«Qu’on le réalise ou non, il y a tellement d’avantages créatifs liés à la pleine conscience», déclare Amanda Weil, responsable de la communauté masculine de lululemon athletica au Canada.

«La créativité pure et pleinement exprimée n’est possible que si elle prend racine dans un lieu d’inspiration, par opposition à un lieu de désespoir, [qui] nous coupe plutôt de cet état d’harmonie. Avoir accès à cet état est tellement crucial pour créer.»

Dans son livre Mindfulness for Creativity, le Dr Danny Penman, professeur de méditation, écrivain et journaliste, explique comment ce type d’entraînement cognitif nourrit et renforce trois compétences essentielles pour la résolution de problèmes créative:

  1. La pensée divergente, un processus de réflexion qui ouvre notre esprit à de nouvelles idées en explorant de nombreuses solutions possibles de manière spontanée, fluide et non linéaire. Une étude réalisée en 2014 par l’Université Erasmus de Rotterdam, aux Pays-Bas, a établi que la pleine conscience activait cet «état de contrôle cognitif».
  2. L’état d’éveil, ou la capacité de percevoir clairement une situation ou un fait et de «reconnaître [plus facilement] le caractère innovateur et pertinent d’une nouvelle idée».
  3. La résilience, c’est-à-dire la capacité à s’adapter et à triompher de l’adversité. Selon le Dr. Penman, la MPC «nous donne du courage face aux difficultés qui surviennent inévitablement dans tout processus d’innovation».
À ÉCOUTER: Méditez sur votre créativité en écoutant Mindfulness for Creativity du Dr Danny Penman

Les meilleures idées «tendent à survenir non pas quand on les force, mais plutôt lorsqu’on leur laisse la liberté et l’espace nécessaires pour circuler», affirme Puddicombe. «Quand on prend du recul et qu’on désencombre notre esprit – sans essayer de forcer quoi que ce soit, sans trop réfléchir, sans nous mettre trop de pression –, ça laisse place à la pensée créative…»

«La créativité est une expression naturelle de l’esprit. Quand nous méditons, nous accordons non seulement un temps de repos à notre mental tout en demeurant dans un état d’éveil, mais nous régénérons aussi l’essence même de nos facultés créatives.»

 

Inspirez… et soyez inspirés!

Ne manquez pas votre chance d’entendre Andy Puddicombe de Headspace et une foule d’autres conférenciers de renommée mondiale à C2 Montréal 2020, du 27 au 29 mai.

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