Passez à l’action: Chelsea Manning à C2 Montréal

Par Laura Beeston
Chelsea Manning - Photo: Allen Mceachern

Chelsea Manning nous a demandé d’évaluer notre sens de l’éthique.

La militante des droits LGBTQ+ et spécialiste en sécurité informatique s’est entretenue avec Lex Gill du Citizen Lab dans le Grand chapiteau 360 et avec Elizabeth Plank, correspondante de Vox, dans l’Aquarium C2. Elle a partagé ses réflexions à propos du pouvoir politique, de la responsabilité des programmeurs informatiques et du système carcéral lors de la deuxième journée de C2 Montréal.

Selon elle, «nous avons tous un poids politique. Et ça ne se limite pas au droit de vote… tout ce que nous faisons, chaque jour, est une action politique. Ne rien faire, c’est politique.»

C’est en prenant conscience de leur propre part de responsabilité et en réagissant face à l’injustice que les citoyens peuvent exercer leur action politique, a-t-elle ajouté. Mais son message s’adressait plus spécifiquement aux développeurs.

 

 «Ce n’est pas parce que tu peux créer un outil que tu dois le faire»

Chelsea a un message pour les programmeurs informatiques: «vous êtes bien plus que de simples codeurs.»

Les chefs d’entreprises et les responsables des services informatiques devraient évaluer l’éthique des outils technologiques qu’ils développent, mais «les gens de tech sont souvent ignorés jusqu’à ce que quelque chose tourne mal.»

On peut facilement s’enthousiasmer pour les nouvelles technologies qui rendent le marketing et la pub plus attirants. Mais en les utilisant, nous devenons malgré nous complices de leurs autres applications.

En effet, ces outils catégorisent, ciblent et parfois même tuent des gens, a expliqué Chelsea. Elle a également souligné que les données peuvent renforcer les préjugés, et mis en lumière les dangers de la police prédictive et du racisme en programmation informatique. «Quand on met n’importe quoi dans une machine, il en ressort n’importe quoi», résume Lex.

«C’est loin d’être inoffensif», précise Chelsea. Elle a vu de ses propres yeux le mauvais usage de certains outils au cours de son déploiement militaire en 2010. «On est passés du marketing ordinaire au marketing de la mort, dit-elle. J’utilisais les mêmes algorithmes pour cibler des gens en Irak que pour repérer des clients potentiels [en Amérique].»

«Il faut dénoncer les outils malveillants», a-t-elle dit plus tard dans l’Aquarium. Et, en tant que culture, nous devrions tous moins dépendre d’eux pour résoudre les problèmes du monde. Ce n’est pas une baguette magique.»

Chelsea Manning - Photo: Allen Mceachern

Photo: Allen Mceachern

 

«Pour un marteau, tout ressemble à un clou»

Dénoncer le cercle vicieux carcéral et son exploitation financière fait partie des grandes préoccupations de Chelsea. Elle a passé sept ans en prison (dont neuf mois en isolement cellulaire) pour avoir divulgué à WikiLeaks plus de 700 000 rapports militaires lors des guerres d’Irak et d’Afghanistan, ainsi que d’autres documents classifiés.

«La prison est une institution toxique qui doit être entièrement repensée, a-t-elle dit à Elizabeth. On n’essaie même pas d’imaginer d’autres possibilités – c’est devenu le réflexe. Même à l’extérieur, tout commence à ressembler à la prison: nos murs, nos écoles… La seule façon de se battre est de remettre en question son existence même.»

«On devrait se concentrer davantage sur le renforcement de la communauté pour résoudre les problèmes sociaux, a-t-elle ajouté. Nous allons devoir faire beaucoup de travail en tant que personnes, en tant que communauté, dans nos villes, pour bâtir un monde meilleur et offrir une alternative à la prison.»

Chelsea Manning - Photo: Myriam Baril Tessier

Photo: Myriam Baril Tessier

 

«Passez à l’action, maintenant»

À la fin de la matinée, on a demandé à Chelsea où elle trouve le courage de continuer sa lutte pour les militants emprisonnés et les autres membres de la communauté LGBTQ+ qui continuent d’être persécutés.

«On s’attend souvent à ce que quelqu’un d’autre règle le problème pour nous, explique Chelsea. Mais la vérité, c’est que personne n’est en train de le faire. C’est notre responsabilité, à chacun, d’agir pour changer les choses.»

 

Chelsea a également présenté un Atelier (Au programme: déchiffrez le code de la diversité) et une Classe de maître (Données et éthique à l’ère de la surveillance de masse).