Entreprises: comment répondre à la crise des migrants

Par Alexa MacLean, gestionnaire des partenariats stratégiques

À ce jour, 65 millions de personnes dans le monde ont été forcées de quitter leur domicile (en moyenne, 20 personnes sont déplacées chaque minute). Parmi celles-ci, 22,5 millions sont des réfugiés, dont plus de la moitié ont moins de 18 ans: des enfants dont les premières années seront à jamais marquées par le rejet et le refus.

Face à ce défi humanitaire sans précédent, il peut être difficile de savoir par où commencer. On a aussi tendance à croire que ces enjeux sont pris en charge par les intervenants sur le terrain, gouvernements et OSBL. Mais en réalité, c’est l’affaire de tous. Nous avons tous un rôle à jouer pour résoudre cette crise. Voici par où commencer:

Impliquez-vous pour cultiver l’empathie. Il existe de nombreuses organisations locales qui travaillent à l’intégration des réfugiés. La meilleure façon d’apprendre est d’écouter. Prenez le temps de comprendre les défis et les opportunités et, qui sait, d’offrir votre aide. Si vous êtes à Montréal, jettez un coup d’oeil à ce qu’accomplissent chaque jour les organisations suivantes:

Identifiez vos compétences principales. Que fait votre entreprise? Quelles sont vos forces? Quels ressources, biens et services êtes-vous en mesure de partager? Misez sur ce que vous faites le mieux: regardez du côté de votre propre financement, de votre savoir-faire et de vos relations d’affaires, et partagez-les.

Faites front commun. L’intégration des réfugiés passe par la collaboration de toutes sortes d’industries et la formation d’un front commun par tous les secteurs. Aucune des initiatives qui ont fonctionné n’a été portée par une seule personne ou entreprise.

Engagez-les. C’est l’un des moyens les plus efficaces d’aider les réfugiés à s’établir. Consultez le site Talent Beyond Boundaries, qui met en relation un bassin de talents «cachés» et des employeurs du monde entier à la recherche de travailleurs qualifiés. Ou faites comme Jim Estill, le PDG canadien de Danby Appliances, qui a aidé nos voisins à trouver du travail, un stage, une formation ou des opportunités de bénévolat. L’homme d’affaires de Guelph a investi 1,5 million de dollars pour parrainer 220 réfugiés syriens, tout en développant son entreprise afin de leur faire une place.

Nourrissez la compassion. Si vous avez envie de vous impliquer personnellement dans l’accueil de vos nouveaux voisins, ouvrez les portes de votre maison, de votre entreprise ou d’un espace communautaire le temps d’une soirée. L’organisme Refugees Welcome to Dinner fournit le matériel, les ressources et les outils pour organiser ces événements. Il s’agit d’une belle façon de faire naître l’amitié et de tisser des liens.

Pour plus d’inspiration, voici 10 entreprises qui montrent la voie

La coalition Tent Partnership est probablement l’exemple le plus éloquent du rôle que peut jouer le secteur privé dans cette crise. Lancé à Davos en 2016, ce groupe de 70 entreprises tire profit de l’ingéniosité du secteur commercial et des approches entrepreneuriales pour faire une différence.

Hamdi Ulukaya (à l’origine de la fondation Tent) est un immigrant kurde de la Turquie. Il est aussi PDG de l’entreprise de yogourt Chobani, dont la valeur frôle le milliard. Il a embauché plus de 300 réfugiés à son usine de l’État de New York, les payant au-delà du salaire minimum et leur offrant un service de navettes pour se rendre au site d’emploi et en revenir.

Plus grand partenaire privé de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), la fondation IKEA a soutenu des efforts en éducation, refuge, subsistance et énergie renouvelable en faisant ce que l’entreprise fait de mieux: construire des maisons. La fondation a notamment collaboré au design d’un abri Better Shelter, une unité d’habitation mobile et modulaire nettement supérieure à une tente ayant reçu la mention du meilleur refuge.

Sawsan Al-Mot (gauche) de l’Alliance canadienne d’aide aux Syriens (CASA). Crédit: Tori Chirila

Wester Union et Mastercard se sont associées pour offrir la technologie numérique aux réfugiés afin qu’ils puissent accéder à des services bancaires, d’éducation, de santé et autres services essentiels, de manière coordonnée et avec un souci de traçabilité. Leur objectif est de permettre aux réfugiés, à leurs communautés d’accueil et aux donateurs d’envoyer et de recevoir des fonds numériquement, en favorisant la transparence et l’émancipation à long terme.

À l’initiative de ses employés, WeWork s’est associée avec IRC pour embaucher 50 réfugiés de la région de New York dans des fonctions communautaires appuyant les activités des bureaux WeWork. Avec un taux de rétention de 95%, WeWork s’engage à embaucher 1500 réfugiés dans les cinq prochaines années et encourage son réseau de plus de 90 000 membres à emboîter le pas.

La plateforme d’éducation en ligne Coursera a créé un programme spécifique pour les réfugiés, qui regroupe maintenant 30 partenaires sans but lucratif et qui compte plus de 5000 inscriptions à ce jour. Elle fournit des solutions d’apprentissage en ligne afin de soutenir les réfugiés dans leur parcours vers l’autosuffisance.

Visant à abriter, à unifier et à simplifier les efforts humanitaires sur une seule plateforme mondiale, Airbnb a ouvert les portes de plusieurs maisons de sa communauté pour accueillir des personnes réfugiées, évacuées ou dans le besoin, gratuitement. Plus de 16 000 hôtes se sont inscrits jusqu’à présent.

Vodafone s’est associée avec UNHCR pour amener l’éducation sur tablette dans les zones ou l’électricité et l’accès à internet est peu fiable ou inexistant. Ce faisant, Vodafone offre l’opportunité aux réfugiés d’apprendre et d’acquérir de nouvelles compétences pour améliorer leur situation.

Après qu’ait circulé la photo du petit Aylan Kurdi, trois ans, échoué sur une plage de la Turquie, les bureaux suédois de LinkedIn ont décidé de lancer #welcometalent, une initiative qui aide les réfugiés à promouvoir leur expérience et leurs habiletés sur le marché de l’emploi. LinkedIn offre également aux demandeurs d’asile un soutien en personne afin de les aider à créer leur compte.

Cisco favorise l’engagement de ses employés grâce au Product Grant Program et à un programme de jumelage de dons (ou de soutien non financier), qui double la contribution pour les réfugiés. De plus, l’entreprise a financé le premier «service de santé en boîte», qui donne accès à des services de traduction et de santé en région éloignée. Elle fournit également l’accès à internet à plus de 600 000 réfugiés et soutient l’accès à l’information en finançant la plateforme Refugee.Info.

 

Pour plus d’inspiration, écoutez l’épisode spécial du podcast C2 créé à ce sujet à l’occasion de la Journée internationale des migrants le 18 décembre. On vous présente nos collaborateurs chez OpenIDEO, The Radcliffe Foundation, Ascend, WISE, IDEAS BOX et Burners Without Boarders.

Alexa est membre de l’équipe C2. Elle a été bénévole dans un camp de réfugiés de Lesvos, en Grèce, en 2016. Avec ses collègues Joëlle Sarrailh, Antoine Roy-Larouche, Chloé Langevin et l’équipe d’OpenIDEO, Scott Shigeoka et Alisa Aahmadian, elle a piloté le projet De l’idée à l’impact à C2 Montréal 2017. Restez à l’affût pour la prochaine édition de l’événement.

Elyas Felfoul, chef de l’administration chez WISE, accompagné du Prix Nobel de la paix, le professeur Muhammad Yunus, durant la séance «De l’idée à l’impact» à C2 Montréal 2017.