Non au cynisme: ce que peut nous apprendre la croisade de Jane Fonda contre les changements climatiques

Laura Beeston
Présenté par RBC

Jane Fonda n’a rien à faire de votre cynisme.

L’actrice oscarisée, productrice, activiste, autrice et gourou fitness est résolue dans sa mission: convaincre les décideurs politiques aux États-Unis d’adopter un Green New Deal afin de réduire de moitié les émissions de combustibles fossiles d’ici 2030.

Fondatrice des Fire Drill Fridays, un appel à la désobéissance civile non violente et à l’action du gouvernement pour s’attaquer aux changements climatiques, Mme Fonda a affirmé à C2 qu’il était temps pour elle «de se consacrer entièrement à cela, dans l’espoir que son action fasse réaliser à d’autres l’urgence de la crise».

«Notre avenir est en jeu, ce n’est pas rien, ajoute-t-elle. Pour chaque demi-degré de réchauffement, 100 millions de personnes mourront. La situation est critique. C’est le défi existentiel auquel fait face l’humanité.»

Mais au lieu de succomber à la déprime ou à une pensée fataliste entraînant la fuite devant nos responsabilités, l’activisme donne à Mme Fonda de l’énergie et de l’inspiration. Elle a même déménagé à Washington D. C. pour les Fire Drill Fridays et a publié What Can I Do? My Path from Climate Despair to Action, un ouvrage dans lequel elle indique aux lecteurs la voie à suivre pour aller chercher les faits, rejeter le sentiment d’impuissance et se joindre au mouvement.

«Nous vivons une période très difficile, alors le fait d’avoir quelque chose qui nous donne l’impression de compter, de faire une différence peut vraiment aider à éliminer le sentiment de dépression, affirme-t-elle. Ça me remplit de gratitude et de joie. Et nous pouvons réellement faire un changement et renverser la vapeur. Mais nous avons besoin des gens.»

 

La force du nombre

Mme Fonda a affirmé à C2 que, selon des experts des sciences sociales, environ 23 millions d’Américains croient que les changements climatiques sont causés par l’humain, mais personne ne leur a demandé de s’impliquer.

«Ce sont ces personnes que nous tentons de rejoindre, dit elle. Ceux à qui on n’a jamais demandé.»

Lors du premier Fire Drill Friday en 2019, moins de 25 personnes se seraient présentées devant le Capitole. Lors de la dernière manifestation avant la quarantaine imposée en raison de la COVID-19, 500 personnes étaient présentes. Et pour le premier anniversaire du mouvement qui s’est tenu le 9 octobre, 750 000 personnes se sont jointes à l’événement sur Zoom.

«J’encourage toujours les gens à ne pas faire quelque chose individuellement, à le faire ensemble dans le cadre d’un mouvement, parce que c’est là qu’est la force.»

«Je n’ai jamais fait de l’activisme seule, ajoute-t-elle. Je l’ai toujours fait au sein d’un mouvement. De cette façon, on se sent entourés d’amour et de bienveillance.»

«Même lorsque la haine était à son plus fort à mon endroit dans les années 70, j’avais mes collègues, mes pairs activistes, et nous sommes simplement allés de l’avant.»

S’ils luttent dans le but de gagner, «les gens doivent sortir de leurs silos et unir leur force», a-t-elle expliqué à l’animateur de radio et télé Andy Cohen en septembre dernier, après qu’une vidéo de la star tournée en 1979 soit devenue virale sur Twitter. «Les femmes, les gais et lesbiennes, les environnementalistes peuvent s’unir en grand nombre pour rendre le monde meilleur. Je le savais à l’époque, je le sais encore maintenant.»

 

Utiliser la plateforme à sa disposition

Depuis des décennies maintenant, Mme Fonda tire parti de son imposante célébrité comme un avantage politique stratégique dans les manifestations et les enjeux culturels, dans ses luttes pour les droits des autochtones, auprès des Black Panthers pendant le mouvement afro-américain des droits civiques, contre la guerre au Vietnam et en Irak, pour les enjeux touchant les femmes et les enfants, et avec la communauté LGBTQ+.

Ses convictions politiques transparaissent également dans son travail d’actrice avec des films comme On achève bien les chevaux? (1969), Le retour (1978) et Comment se débarrasser de son patron (1980), renversant l’image de starlette sexy que Mme Fonda s’était acquise avec les films La rue chaude (1962) et Barbarella (1968).

«L’activisme auquel j’ai commencé à prendre part dans les années 70 a changé pour toujours la façon dont je vois le monde et ma place dans ce monde», a-t-elle écrit (NDLR notre traduction) dans Ma vie, ses mémoires publiées en 2005.

En 2017, Mme Fonda a même commencé à vendre de la marchandise portant sa célèbre photo d’identité judiciaire au profit de la campagne GCAPP visant à améliorer la santé et le bien-être des jeunes de la Géorgie. «C’est sûr que j’ai fait beaucoup de millage sur cette arrestation», a-t-elle déjà dit à la blague à un journaliste du Los Angeles Times.

Même la vidéo Jane Fonda’s Workout (1982), qui serait la vidéo VHS la plus vendue de tous les temps, a servi à recueillir des fonds pour la Campaign for Economic Democracy — pour un total de 17 millions de dollars. Comme le quotidien The Guardian le soulignait: «Les livres de Jane Fonda sur l’entraînement était en quelque sorte le Das Kapital – en léotard.»

«Je trouverai toujours une façon de gagner ma vie et de poursuivre mon activisme, a confié à C2 Mme Fonda. Il faut se demander “Quelles sont mes priorités?”, et ma priorité a toujours été l’activisme. Si c’était pour nuire à ma carrière, tant pis. Mais ça n’a pas été le cas… J’ai presque 83 ans et je joue dans une série à grande écoute; alors ça ne m’a pas fait de tort. Et surtout, je n’en ai rien à cirer de ce qu’on dit de moi.»

De plus en plus, les gens suscitent l’admiration lorsqu’ils se tiennent debout et s’expriment sur des enjeux qui leur tiennent à coeur, a-t-elle récemment fait remarquer à Eva Longoria, une autre célébrité activiste. «On devient plus brave en vieillissant… On a rien à perdre après tout, non?»

Du reste, elle considère que discuter des enjeux constitue une première étape importante. «Si vous n’en parlez, ça ne peut pas être important pour vous. Et si ce n’est pas important pour vous, vous n’agirez pas», a-t-elle expliqué le mois dernier à MSNBC.

Lors de sa récente tournée promotionnelle (virtuelle) pour son livre, Mme Fonda a souvent utilisé une métaphore pour décrire comment fonctionnent la célébrité et l’activisme: «Les personnes qui reprennent les idées sont les antennes que l’on voit sur le sommet des montagnes. Ce n’est pas elles qui émettent les signaux originaux, mais les signaux du fond de la vallée sont ainsi captés, et ces personnes les transmettent de la vallée à une audience beaucoup plus grande. C’est ce que sont les célébrités.»

 

Croire au changement

Dans le documentaire de 2018 Jane Fonda in Five Acts réalisé par HBO, la légende vivante se livre à cœur ouvert, abordant publiquement la perte de sa mère, la boulimie, sa «maladie de vouloir plaire» à trois maris, sa relation difficile avec son père et un nombre incalculable de causes et de controverses.

Mais Jane Fonda est ressortie de tout cela transformée: heureuse, en guérison et fidèle à elle-même et à l’action pour le climat.

«Les gens sont capables de changer, et je le sais parce que je suis l’un d’eux», dit-elle. Nous pouvons changer les gens, et les gens peuvent changer l’histoire. C’est ce que fait la désobéissance civile.»

«Je trouve des raisons d’espérer autour de moi.»

 

Soyez inspiré à passer à l’action!

Ne ratez pas la chance de voir Jane Fonda (le 22 octobre, conférence présentée par RBC) à C2 En ligne – Montréal 2020, du 19 au 30 octobre.

 

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